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La faiblesse des informations environnementales, un risque pour les entreprises

mercredi 21 avril 2021

Au moment où le projet de loi climat, examiné au Parlement, prévoit une augmentation des attributions des CSE dans les entreprises pour y intégrer les enjeux environnementaux, que ce soit dans les informations-consultations concernant la gestion et la marche des entreprises, celles sur les orientations stratégiques, la situation économique et financière ou la politique sociale et l’emploi, il est plus qu’intéressant de voir quelles sont les informations que communiquent les entreprises et quelles en sont les conséquences pour leur développement. Clés du social a pu rencontrer Isabelle Martinez, professeur des universités à Toulouse School of Management Research (Université de Toulouse 1-Capitole et Cnrs).

Clés du social : Vous analysez les politiques d’informations des entreprises sur les sujets extra-financiers. Qu’en pensez-vous ?

Isabelle Martinez : Les entreprises, pour la grande majorité, fournissent des informations trop générales, imprécises sur les risques climatiques qu’elles encourent et leur degré de vulnérabilité ou d’exposition, ainsi que sur les opportunités que peut engendrer l’adaptation au changement climatique. Or les investisseurs institutionnels y sont de plus en plus sensibles ; par exemple le fonds américain BlackRock a fait des enjeux climatiques une priorité de sa stratégie d’investissement en 2021.

Dans une étude menée par Ilhan et al (2019), on peut voir que les investisseurs institutionnels estiment les informations fournies en matière climatique importantes mais regrettent leur manque de clarté et de précision. Et cela ne concerne pas seulement les investisseurs spécialisés dans l’ISR mais l’ensemble des investisseurs institutionnels, même traditionnels, les banques par exemple, et en particulier tous les investisseurs de long terme, …au contraire des fonds spéculatifs qui privilégient le rendement à court terme au détriment de la performance sociale et environnementale, voire financière à long terme. Les entreprises ont d’ailleurs la même difficulté pour convaincre sur leurs politiques sociales et sociétales, l’actualité Danone l’a bien montré.

Clés : Pourquoi ?

IM : Plusieurs chercheurs ont montré que les entreprises polluantes sont pénalisées par le marché financier, montrant ainsi que les investisseurs se détournent de plus en plus des entreprises qui ne prennent pas les mesures nécessaires pour adapter leur modèle économique alors que les règlementations se renforcent – notamment après la convention citoyenne et à l’heure du projet de loi climat - et que les risques météorologiques extrêmes se développent.

Or, il est important de diffuser des informations, sur l’exposition aux risques climatiques et sur les actions menées pour y faire face, utiles et pertinentes afin de permettre aux investisseurs de prendre des décisions avisées. Plus les investisseurs investiront sur ces questions, plus les entreprises disposeront de fonds pour développer des projets « green » et aller vers la transition écologique. Le greenwashing est donc contre-productif à tous les niveaux.

Clés : Pour l’instant, quelles sont leurs obligations dans ce domaine ?

IM : En France, l’arsenal réglementaire en matière d’obligations de publication d’informations extra-financières est assez développé. Dans cet ensemble, la loi dite Grenelle 2 en 2010 a fait date et oblige désormais les entreprises à publier chaque année des informations, vérifiées par des experts indépendants, sur leur impact environnemental. Mais 10 ans après, force est de constater que les rapports faisant état de ces informations sont souvent jargonneux et ne sont pas d’une qualité suffisante, même si contrôlées par un tiers indépendant, pour éclairer les décisions publiques comme privées et les orienter vers des projets bas carbone.

Au niveau international, la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD, groupe de travail sur les informations financières liées au climat [1]) fournit des recommandations et précise les éléments qui doivent être donnés. Le Royaume-Uni va d’ailleurs rendre ce référentiel obligatoire à compter de 2025.

Ainsi, on peut comprendre que ce mouvement se développe et que les entreprises devront fournir les informations.

Clés : Comment faire ?

IM : Les rapports intégrés peuvent être une solution car ils permettent de mêler au sein d’un même document informations financières et extra-financières, notamment sociales et environnementales, ce qui est un moyen d’intéresser les investisseurs de long terme en permettant de donner une vision de la performance globale de l’entreprise. Mais à condition que ces rapports soient écrits de façon claire et compréhensible et que l’intégration des informations financières et non-financières soit réelle.

Pour résumer, les informations indispensables que doivent fournir les entreprises comprennent :

  • Les objectifs chiffrés de réduction d’émission de gaz à effet de serre,
  • Des hypothèses réalistes,
  • Des calendriers crédibles,
  • Des informations précises sur les moyens mis en place,
  • L’organisation du suivi…

Il serait aussi souhaitable que des spécialistes de l’environnement soient présents en tant qu’administrateurs indépendants dans les conseils d’administration pour conseiller les entreprises non seulement sur les informations environnementales à diffuser mais aussi sur les actions à mener pour réduire leur empreinte carbone et aller réellement vers la transition écologique.

Clés : Ces indicateurs dont ont besoin les investisseurs seront aussi utiles aux administrateurs salariés et aux élus des CSE afin qu’ils puissent remplir leur future mission en matière de consultation et d’intervention sur les questions environnementales. Pour eux, un nouveau rôle à jouer !