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La médecine du travail sur le front de l’épidémie covid

samedi 29 janvier 2022

Depuis le début de l’épidémie, la médecine au travail a été sollicitée pour vacciner les salariés. Elle est invitée en janvier 2022 à passer à la vitesse supérieure pour convaincre les 2 millions d’actifs réfractaires à la vaccination. Un des objectifs de la réforme de la médecine du travail entrée en vigueur le 1er janvier 2017 (loi 2016 relative à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels) était de pallier la baisse du nombre de médecins du travail (5 571 en 2010 contre 4 721 en 2018) en se concentrant sur les salariés les plus exposés qui en ont le plus besoin (un examen tous les quatre ans, complété par une visite tous les deux ans). Pour les autres salariés, une visite doit avoir lieu dans le 3ème mois suivant l’embauche. Ensuite, une visite périodique doit être renouvelée dans un délai de 5 ans (trois ans pour les salariés qui travaillent de nuit, et pour les travailleurs handicapés). Quand était-il en 2019 avant l’épidémie ?

Quels constats en 2019 ? La fréquence des visites avec un service de santé au travail poursuit sa baisse : 39 % des salariés du secteur privé déclarent avoir vu un médecin du travail ou un infirmier au cours des 12 mois précédant l’enquête, contre 51 % en 2013 et 70 % en 2005.

  • La durée entre deux visites s’allonge avec un recul de 15 points de la proportion des personnes bénéficiant d’un suivi durant les deux dernières années.
  • En 2019, 28 % des salariés du privé n’avaient pas eu de visites depuis 2 ans ou plus, contre 13 % en 2005.
  • La baisse de la fréquence des visites depuis 2005 concerne tous les établissements quelle que soit leur taille. Dans les TPE, les salariés voient moins fréquemment le service de médecine du travail. En 2019, seuls 67 % des salariés des établissements de moins de 10 salariés déclarent que leur visite remonte à moins de 2 ans, contre 77 % de ceux travaillant dans des établissements de 50 salariés ou plus.

Dans le secteur privé, les ouvriers sont les plus nombreux à avoir bénéficié d’une visite par un médecin du travail ou un infirmier :

  • C’est le cas de 78 % d’entre eux en 2019, contre 63 % des employés, 73 % des cadres et 74 % des professions intermédiaires.
  • En 2019, trois quarts des salariés du privé exposés à au moins 3 contraintes physiques dans leur travail ont bénéficié d’un suivi du service de santé au travail au cours des 2 dernières années.
  • Cette part est plus élevée parmi les salariés travaillant régulièrement de nuit (entre minuit et cinq heures du matin), puisque 9 sur 10 sont concernés.
  • Entre 2005 et 2019, la fréquence des visites médicales a pratiquement autant reculé pour les salariés exposés à au moins trois contraintes physiques (-13 points sur la proportion de salariés ayant bénéficié d’une visite depuis moins de 2 ans) que pour l’ensemble des salariés (-16 points). Toutefois, le recul de la fréquence des visites est moins fort pour les salariés travaillant régulièrement de nuit (-4 points seulement entre 2005 et 2019).

Un suivi moins fréquent qu’auparavant des salariés ayant eu un accident du travail même s’ils sont suivis plus fréquemment que l’ensemble des salariés.

  • En 2019, 80 % des salariés ayant eu un accident du travail ont vu un médecin du travail au cours des deux dernières années (contre 72 % en moyenne pour l’ensemble des salariés).
  • Les salariés en mauvaise santé sont également suivis plus souvent. 78 % des salariés ayant une reconnaissance administrative de handicap, 76 % de ceux ayant eu un arrêt maladie ou plus au cours des 12 derniers mois et 75 % de ceux jugeant leur santé mauvaise ou très mauvaise ont eu une visite avec la médecine du travail au cours des 2 dernières années.
  • Cela s’explique par les visites de reprise, à la suite de la réforme de 2016, en principe obligatoires après un arrêt maladie d’au moins 30 jours.
  • Les salariés les plus à risque de dépression font exception : ils ne bénéficient pas, en 2019, d’un suivi médical plus fréquent que les autres salariés.

Pour contrer l’épidémie, pour la première semaine de janvier 2022, par une circulaire le ministère demande à chaque service de santé au travail un effort massif. Il leur demande de formaliser un plan d’action à remettre aux services déconcentrés de l’État, les Dreets (directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités), basé sur 3 piliers :

  • Anticiper dès maintenant l’approvisionnement en vaccins.
    *Proposer systématiquement les vaccinations lors des visites médicales.
  • Planifier des séances de vaccination hebdomadaires.

Chaque service de santé au travail doit ensuite actionner quatre leviers :

  • Proposer systématiquement la vaccination obligatoire, lors des visites d’aptitude par exemple.
  • Planifier les séances de vaccination hebdomadaire au sein du SPST et transmettre le plan d’action à la DREETS concernée.
  • Renforcer la communication, par voie d’affiche par exemple, de manière collective ou individuelle pour lever les doutes.
  • Se mobiliser en lien avec les autorités sanitaires.

La circulaire du 23 décembre 2021, envoyée à l’ensemble des professionnels de la santé au travail, invite à dupliquer certaines initiatives innovantes :

  • Mise en place d’unités mobiles médicalisées (« vaccibus »), en lien avec les Agences régionales de santé, pour atteindre les territoires ruraux éloignés des SPST (service de prévention de santé au travail) ou intervenir au plus près des salariés, notamment dans les zones industrielles.
  • Les services interentreprises sont invités à organiser des séquences de vaccination dans les locaux d’un employeur pour en faire bénéficier les salariés de ceux qui travaillent à proximité.
  • Le ministère demande à la médecine du travail de continuer à épauler les Agences régionales de santé dans les centres de vaccination extérieurs.

Ces efforts demandés à la médecine du travail s’inscrivent en complément de la transformation du passe sanitaire en passe vaccinal pour certains salariés en contact avec le public. Les entreprises ont également « un rôle primordial dans le déploiement du dispositif », souligne la circulaire : « des moyens pourront être mutualisés afin que ces séances puissent être notamment regroupées pour plusieurs TPE/PME et ainsi augmenter l’offre vaccinale ».


Références