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Les clés du social : Le tutorat en entreprise : profils, compétences spécifiques et conditions de travail

Le tutorat en entreprise : profils, compétences spécifiques et conditions de travail

Publié le 20 septembre 2025 / Temps de lecture estimé : 3 mn

Transmettre, accompagner un jeune stagiaire ou un apprenti, intégrer un nouveau salarié, faire découvrir un nouveau métier est un travail spécifique, une professionnalité différente de son travail professionnel habituel. Quels sont les tuteurs et tutrices, quelle préparation à ce rôle, quelle reconnaissance, quelles conditions de travail ? C’est à ces questions que le Cereq propose des réponses, issues d’une enquête (Evrest).

Des profils spécifiques

Dans l’enquête Evrest de 2021-2022, si 25 % répondent oui à la question « Depuis un an, avez-vous eu un rôle de formateur, de tuteur ? », en fait il s’agit essentiellement de fonctions de formateurs, peu de tuteurs.

Ceux qui ont cette fonction de tuteur sont surtout des salariés en milieu de carrière, beaucoup moins après 55 ans, un peu plus souvent hommes que femmes, plus souvent des cadres ou des agents de maitrise que des ouvriers ou employés, et de nombreux encadrants ayant dans cas surtout une fonction d’organisation de l’accueil, de la formation et de suivi de la personne tutorée. Dans les TPE, ce sont surtout les employeurs qui assurent ce rôle.

Les tuteurs sont des salariés très intégrés à l’entreprise, presque toujours en CDI à temps complet, sûrs de leur emploi, très impliqués, ayant sauf exceptions (10 %) des possibilités suffisantes d’entraide ou de coopération.

Quelle préparation à cette fonction ?

Ce sont des salariés qui se forment plus souvent que leurs collègues. Il existe bien sûr des référentiels, des outils pédagogiques, des formations. Mais les différences entre les métiers, les secteurs d’activité, et les transformations du travail nécessitent qu’ils déterminent en grande partie eux-mêmes le contenu et les méthodes de leur action de tuteurs, avec l’aide de ces outils et/ou l’aide d’autres personnes. Certains inventent des méthodes de formation et d’accompagnement, par exemple dans le travail social en fonctionnant par le questionnement.

Une fonction apportant plus de pression et de fatigue professionnelles

Le cumul entre leur travail et le tutorat alourdit souvent leur vie professionnelle. Ils déclarent plus souvent :

  • devoir traiter trop vite une opération qui aurait besoin de soin (27 %) ;
  • dépasser les horaires normaux (46 %) ;
  • sauter un repas ou une pause (25 %) ;
  • travailler chez eux (15 %) ;
  • devoir davantage abandonner une tâche en cours pour une autre (35 %) ;
  • connaitre aussi plus d’interruptions positives (20 %) ;
  • mais déclarer plus souvent de la fatigue et de la lassitude (25 %).

Car souvent les tâches de tutorat s’ajoutent sans que l’on ait revu leur charge de travail alors que par exemple être tuteur d’un jeune en bac professionnel demande beaucoup d’accompagnement, une forte implication relationnelle et même affective, composer avec sa subjectivité et ses difficultés, parfois son manque d’implication si c’est pour lui une orientation par défaut, le remettre en confiance, en même temps que livrer ses savoirs et sa pratique professionnelle. Or ce rôle supplémentaire n’a encore que peu de reconnaissance spécifique, même si cela débouche parfois pour eux sur des responsabilités nouvelles.



Pour conclure

Le tutorat demande une professionnalité spécifique, car transmettre est un travail en soi avec des compétences, des exigences, des valeurs et des normes. C’est, pour ceux qui le pratiquent, généralement un grand intérêt mais aussi de la fatigue et de la pression.
C’est donc un défi pour l’entreprise de mettre en place des environnements collectifs favorables, en agissant sur l’organisation, l’accompagnement et la reconnaissance du tutorat, avec des organisations de temps et de charges de travail dédiées, des formations adéquates, des primes, une intégration dans la gestion des parcours… L’entreprise a besoin d’agir sur l’organisation générale du travail pour rendre le tutorat attractif et trouver des volontaires. Par exemple pourquoi moins de tuteurs de 55 ans et plus alors que les organisations d’employeurs en font souvent le slogan ?
Ce sont donc des préoccupations à suivre dans le cadre de la négociation sur la formation dans les branches et les entreprises et dans celui de la consultation annuelle des élus du personnel (CSE) sur la politique sociale de l’entreprise, dont fait partie la politique de formation de l’entreprise.


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