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Les travailleurs de plateformes en Europe

Publié le 30 septembre 2023 / Temps de lecture estimé : 2 mn

Le mode de travail au travers d’une plateforme numérique, bien que récent, s’est largement développé ces dernières années et la crise du covid a accéléré sa progression. Depuis 2 ans, la Commission européenne propose un projet de directive pour améliorer les conditions d’emploi et de travail de ces personnes, qui suscite des débats entre les pays membres sur le statut de ces travailleurs. Il est donc nécessaire, pour fixer de nouvelles règles, de connaitre précisément l’amplitude de la question, leur nombre, leurs caractéristiques.

Plus de 28 millions de travailleurs des plateformes

28,3 millions, c’est le nombre de personnes ayant travaillé au moins 1 heure via des plateformes en 2022, presqu’autant que dans l’industrie manufacturière. L’UE s’attend à une augmentation de 52 % d’ici 2025, montant le nombre à 43 millions.

Ces travailleurs sont plus souvent des hommes (3,2 % des 15-64 ans, contre 2,8 % pour les femmes) ; beaucoup de moins de 30 ans 3,6 % des 15-29 ans, contre 2,8 % des 30-64 ans) ; souvent d’un niveau élevé d’éducation, un tiers des 30-64 ans étant passés par l’enseignement supérieur, alors que les activités effectuées ne le demandent pas.

Leurs principaux secteurs d’activité sont le taxi (39 %), la livraison (24 %), les services à domicile (19 %), les services professionnels (7 %) souvent de comptabilité, les freelances (graphisme, informatique…, 6 %).

Leurs conditions d’emploi et de travail

Sur ces 28,3 millions de travailleurs, 26,3 millions ont un statut d’indépendant et 2 millions sont salariés. Cela est à relier au fait qu’il s’agit pour beaucoup d’un revenu en complément d’un travail régulier, avec un faible nombre d’heures de travail : plus de la moitié y consacrent entre 1 et 9 heures par mois, seuls 22,7 % y consacrent plus de 30 heures. Aussi les revenus qu’ils en tirent sont limités, pour la moitié (52 %) cela représente moins d’un quart de leur revenu total, et seulement pour un petit quart (23,4 %) plus des ¾ de leurs revenus. D’autant plus que 41 % de leurs tâches ne sont pas rémunérées (recherches de tâches sur la plateforme, d’annonces, d’attente…).

Un des problèmes principaux est leur faible couverture sociale : plus de la moitié des travailleurs de plateformes n’ont pas de couverture sociale en cas de chômage, de maladie et d’accident du travail. Environ ¼ d’entre eux sont couverts par un autre travail. Seuls un petit nombre ont une couverture sociale : 6,3 % pour le chômage, 6,4 % en cas de maladie,8,3 % pour les accidents du travail. Sans parler de cotisations retraite, inexistantes !

Travailleurs indépendants ou subordonnés ?

Eurostat constate que la moitié de ces travailleurs offrent leur travail ou le téléchargent de leur propre initiative, ¼ choisissent parmi les offres ou les demandes des clients et le dernier ¼ trouvent leurs tâches exclusivement par la plateforme ou l’application. 6 sur 10 fixent leur prix eux-mêmes ou l’ont fait fixer par une partie autre que l’application ou le client.

80 % disent pouvoir refuser une tâche ou un service sans conséquences, au contraire des 20 % autres. Les ¾ choisissent leurs horaires, alors que 12,8 % ne peuvent que choisir parmi différents créneaux ou se les faire imposer.

De ces statistiques, la Commission européenne conclut que les liens de subordination sont fréquents et que 5,5 millions des travailleurs des plateformes sont à tort non-salariés. D’où le projet de directive qui définit plusieurs critères de subordination pour établir s’il y a indépendance ou subordination importante. La discussion entre États est forte, avec des positions qui vont de l’Espagne qui a légiféré pour qu’ils puissent être salariés, la France qui les considère comme indépendants mais a organisé une représentation de ces travailleurs et une obligation de négociation, à l’Allemagne qui n’a pas encore fait connaitre sa position, etc. Le débat va se poursuivre pendant tout ce semestre.


Sources