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Préparer le monde d’après : réflexions sur les biens communs

samedi 2 mai 2020

Cette pandémie historique et ce confinement de deux mois nous amènent à réfléchir collectivement et personnellement au monde d’après et à notre mode de développement. À cet égard, le concept des biens communs axé sur le partage et la préservation des ressources retrouve une deuxième jeunesse. Héritier des « communs » du Moyen-âge, ils peuvent être naturels comme une forêt, matériels comme une coopérative ou une maison ou même immatériels comme des logiciels libres, Wikipédia… Aujourd’hui la crise amplifie des critiques antérieures sur le libéralisme triomphant ou la mondialisation. De tous temps, les biens communs ont constitué une alternative à la propriété privée. Aujourd’hui, les besoins de sens des citoyens et la crise sanitaire et économique qui nous frappe leur donnent un éclairage particulier et, qui sait, un avenir fécond.

Question de définition

Les biens communs désignent les ressources gérées de manière collective par une communauté. Pour Daniela Festa, la notion de biens communs repose sur trois éléments : une ressource, une communauté, et une pratique qui établit des règles d’accès et de partage.

On connait le terme français « communaux » ou anglais « commons » qui désignaient à l’origine, au Moyen-âge, des terres utilisées et gérées en commun par des communautés villageoises. Par exemple dans la vallée de la Garonne, les Ramiers, étendues de prairies plantées d’arbres près du fleuve, appartenaient souvent à la communauté villageoise. Ils étaient gérés par les consuls des villes et villages. Chacun pouvait utiliser les prairies pour ses troupeaux et la vente du bois ou du sable rapportait des revenus pour les dépenses municipales : fontaines, salaire du maitre d’école…

Les « communs » complètent la panoplie des modes de propriété

Les communs apparaissent de plus en plus souvent comme un mode de propriété alternatif aux deux modes de propriété les plus courants, la propriété privée et la propriété publique. L’émergence de la propriété privée (les enclosures au Royaume-Uni), du capitalisme et des privatisations a failli leur porter un coup fatal. Aujourd’hui, ils sont reconnus par le droit et les sciences économiques dans de nombreux pays alors que pendant longtemps les économistes les ont ignorés. Cette troisième voie permet de repenser la propriété des biens universels et implique une autre approche économique et politique dont on voit bien les applications possibles dans des secteurs clés lors de la pandémie comme les biens de santé.

Les biens communs se sont diversifiés

Aujourd’hui, ils sont partout et ont conquis de nouveaux territoires grâce à l’essor à partir de 1980 de l’économie solidaire et du numérique. De l’encyclopédie en ligne Wikipédia aux jardins partagés ou à la gestion d’une friche industrielle en passant par les monnaies locales ou les habitats collectifs, les béguinages… Dans le domaine du logement de nombreuses réalisations sont à l’œuvre sur notre territoire avec des préoccupations environnementales, des espaces partagés de service (laverie, chambre d’amis…). On doit citer aussi l’open data (partage de données) pour servir l’intérêt général ou saluer l’initiative du médecin suisse Didier Pittet qui a inventé la composition du gel hydroalcoolique et l’a donné à l’OMS plutôt que de prendre un brevet.

Un mode de gestion, une école de la démocratie et une réponse à la crise

Les biens communs ne sont donc pas des « biens » particuliers comme les autres. Ils sont également des systèmes de règles pour les actions collectives et des interactions sociales qui permettent le partage comme l’a démontré Elinor Ostrom, la première femme à obtenir un Prix Nobel d’économie, en 2009, pour ses développements sur la théorie des communs. La prise de conscience écologique au cours des années 1970 et 1980 a renforcé ces analyses. Nul doute qu’avec la crise actuelle, la question des biens communs va s’élargir de ressources principalement locales vers des ressources globales comme la diversité biologique, le climat ou la santé.

Déjà certains au sein de l’UE, associations ou partis politiques, soulignent que la crise a mis en évidence nos fragilités en matière sanitaire, le besoin d’un minimum d’autonomie de production de médicaments, de matériel médical. Ils considérèrent donc qu’il y a là un « bien commun européen » qu’il s’agit de construire.

En guise de conclusion

Notre époque a tout intérêt à continuer de mettre en œuvre la théorie des biens communs, de lui donner un nouveau souffle capable de s’opposer aux dégâts du modèle marchand et de répondre aux préoccupations affichées de nombreux citoyens et politiques pour qu’« après ne soit pas comme avant ».

Quelques chiffres pour illustrer les biens communs
En France, on recense :
• 3 000 Amap, associations pour le maintien d’une agriculture paysanne ;
• 500 magasins de producteurs ;
• 1 000 sites d’habitats partagés ;
• Mais seulement 1 collectivité locale sur 10 a libéré ses données publiques en dépit de l’obligation légale.
En Europe :
• 1,5 million d’installations d’autoconsommation électrique en Allemagne (50 000 en France) ;
• 40 % du parc immobilier d’Oslo, capitale de la Norvège, relève de l’habitat participatif.
Source : Valeurs mutualistes 1er trimestre 2020

Sources

  • Valeurs Mutualistes, MGEN n° 319 1er trimestre 2020
  • Confrontations Europe : 21 avril 2020