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Quelles hausses de salaires en 2022 et pour qui ?

mercredi 29 juin 2022

Les négociations de salaires de branche pour 2022 se sont, sur les premiers mois de l’année, conclues généralement par des hausses de salaire de 3 % alors qu’elles étaient ces dernières années plus proches de 1 %. L’inflation de ces derniers mois et les hausses récentes du SMIC contribuent à cette croissance plus dynamique des salaires négociés.

L’étude menée par la Banque de France sur les hausses de salaires négociés pour 2022 a été réalisée à partir de données sur les accords de salaires de plus de 200 branches professionnelles en France entre fin 2021 et la fin du 1er trimestre 2022. L’étude s’intéresse aux liens entre l’évolution du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), l’inflation et les hausses de salaire de base.

Depuis la fin de l’année 2021, l’inflation connaît un regain en France : elle atteint 5,4 % (indice européen harmonisé) en avril 2022 alors qu’à la même période en 2021, elle était proche de 1 %. La forte hausse des prix de l’énergie (+26 % sur un an) et les coûts de transport du fait de la désorganisation des chaines de valeur ont contribué à la dynamique des prix à la consommation :

  • En avril 2022, les produits alimentaires ont cru de près de 4 % en un an, soit davantage que les biens manufacturés (+2,7 %) ;
  • Les pâtes font partie des aliments dont les prix ont le plus augmenté (+13,8 % sur un an), soit plus que le café (+6,5 %), les huiles (+6,9 %) ou le beurre et la crème (+4,9%).

Un facteur important pour la dynamique des prix à moyen terme est la boucle prix-salaires :

  • Face à une inflation accrue, les demandes salariales sont plus fortes, ce qui peut en retour alimenter les hausses de prix à moyen terme.
  • Les négociations salariales font l’objet d’une attention particulière car elles représentent un caractère d’appréciation du caractère durable ou non de l’inflation.

Les minima de branche structurent la fixation des salaires : comme dans beaucoup de pays européens, la dynamique des salaires en France dépend de la NAO (négociation annuelle obligatoire) mais elle est très influencée par les institutions de négociation de branche. Une grande majorité de salariés sont couverts par une convention collective de branche :

  • Chaque branche définit une classification d’emplois-types et fixe un salaire minimum associé à chacun de ces emplois. La grille de salaires minima fait l’objet d’une négociation obligatoire annuelle dans chaque branche, qui peut aboutir à un accord de salaire entre les syndicats de salariés et les fédérations d’employeurs.
  • Les ordonnances de 2017 ont établi la primauté de la branche sur l’entreprise pour la définition des minima salariaux. Les entreprises d’une branche donnée ne peuvent pas rémunérer un salarié dans un emploi en dessous du salaire minimum de branche (ou en dessous du SMIC). Ces accords de branche sont étendus par le ministère du Travail, ainsi ils fixent une norme et une référence pour les politiques de revalorisation salariale dans les entreprises.

Les hausses de salaires négociées sont plus dynamiques en 2022. Les hausses de salaires pour l’année 2022 se situent dans beaucoup de branches entre 2,5 % et 3,5 % :

  • Les hausses négociées dans les branches de la plasturgie, du bricolage, les cadres de la métallurgie, ou le commerce de gros non-alimentaire sont de l’ordre de 3 %.
  • Les accords des branches régionales du bâtiment et travaux publics et départementales de la métallurgie sont aussi proches de 3 % en moyenne. Certaines branches qui ont signé des accords plus tôt dans l’année sont plus proches de 2,5 % de hausse : chimie, industrie pharmaceutique, négoce de l’ameublement, commerce de gros viande, prévention-sécurité…
  • Les accords signés pour 2022 contiennent aussi plus fréquemment des clauses de revoyure liées à l’inflation, ce qui pourrait entraîner dans certaines branches la réouverture de négociations en cours d’année. Ainsi la branche des services automobiles a revu à deux reprises depuis juillet 2021 la revalorisation des minima pour l’année 2022. La hausse initiale était de 1,5 %, elle a été revue à +2,5 % en octobre 2021, puis à +4,5 % en avril 2022.
  • Par ailleurs, les difficultés de recrutement dans certains secteurs ont encouragé les employeurs à rendre plus attractifs les salaires proposés.

Le SMIC influence la négociation de branche. Dans plusieurs branches (hôtels-cafés-restaurants, coiffure, transports routiers…), les hausses négociées ont été plus importantes (supérieures ou égales à 5 %), mais elles traduisent un effet de rattrapage du niveau du SMIC, car une partie de leur grille minimum était inférieure à ce dernier :

  • En l’absence d’accord une année donnée, la revalorisation du SMIC a pour conséquence d’augmenter les premiers minima de salaire inférieurs à son niveau et, dans ce cas, c’est le SMIC qui s’applique aux salariés concernés.
  • Si l’inflation est supérieure à 2 % depuis la dernière revalorisation, le SMIC augmente par anticipation. Le regain d’inflation en 2021-2022 a entrainé trois revalorisations du SMIC sur les 8 derniers mois (+2,2 % en octobre 2021 ; +0,9 % en janvier 2022 et +2,65 % en mai 2022). Au total le SMIC a été revalorisé de 5,9 % sur un an, cela a conduit de nombreuses branches à renégocier pour mettre en conformité les premiers niveaux de leur grille avec le SMIC.
  • Les hausses du SMIC ont tendance à se diffuser au reste de la grille afin de maintenir les écarts de salaires entre les différents emplois d’une même branche.
  • La nouvelle hausse du SMIC au 1er mai pourrait conduire certaines branches à rouvrir des négociations au cours des prochains mois, car le premier niveau de la grille de près des trois quarts des branches se situe à nouveau en dessous du SMIC, y compris pour les branches ayant signé un accord récemment.

Quelle transmission aux salaires de base ? (c’est-à-dire le salaire effectivement versé, hors primes et heures supplémentaires). Les hausses des minima de branche devraient contribuer à soutenir la croissance des salaires de base au cours de l’année 2022. Par ailleurs, si l’effet direct des hausses du SMIC est concentré sur les salariés très proches du SMIC, l’effet des hausses des minima de branche est plus homogène le long de la distribution des salaires.

Les hausses automatiques du SMIC sont en train d’écraser la hiérarchie des salaires entre 1 SMIC et 1,3 SMIC, car une hausse de 1 % du SMIC entraine une hausse moyenne de 0,1 % des salaires de base et une hausse des salaires minima de branche de 1 % accroit les salaires de base d’environ 0,2 %. Les négociations salariales respecteront-elles la hiérarchie des grilles de salaires ? Depuis fin 2021, une nouvelle enquête trimestrielle de la Banque de France, bientôt disponible, a interrogé près de 3 000 chefs d’entreprise sur la croissance des salaires de base attendue au cours des 12 prochains mois dans leur entreprise.


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