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Va-t-on vers une Garantie jeunes universelle ?

samedi 20 février 2021

La crise économique et sociale qui accompagne la crise sanitaire rend impératif de mettre rapidement en place des politiques d’accès des jeunes à des ressources et un parcours d’accompagnement. Car la crise a fragilisé des centaines de milliers de jeunes, qu’ils soient sans diplôme ni formation ni emploi (NEET), diplômés, comme peu ou pas qualifiés. Le rapport du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse sur l’évolution de la Garantie Jeunes a été remis le 7 janvier aux ministres en charge de cette question. L’occasion d’évoquer les contours d’une future « Garantie Jeunes Universelle » et les débats très politiques sur l’extension ou non du RSA aux moins de 25 ans.

Différents dispositifs concernent les jeunes

Le gouvernement avait mis en place dès l’été 2020 un plan intitulé « 1 jeune, 1 solution » avec une batterie de mesures comme des places supplémentaires de formation supérieure, des missions d’utilité sociale, le CAP en 3 ans, de nouvelles formations qualifiantes vers les métiers d’avenir, des parcours personnalisés pour les décrocheurs… Le 26 novembre 2020 ce plan est complété par un train de mesures pour les jeunes en difficulté. Ainsi, 100 000 places supplémentaires en Garantie jeunes étaient annoncées pour 2021, ce qui amène à un total de 200 000 jeunes bénéficiaires. De plus, les jeunes en fin d’études et entrant sur le marché du travail bénéficient d’un accompagnement par Pôle Emploi (Accompagnement Intensif des Jeunes) ou l’APEC (Objectif 1er Emploi) avec une possibilité d’accéder à une allocation pendant leur recherche d’emploi. Enfin, la ministre de l’Emploi vient d’annoncer récemment que les jeunes diplômés en recherche d’emploi pourraient conserver quatre mois 70 % de leur bourse d’étudiant.

Le Premier ministre s’engage

Le premier débat de l’année à l’Assemblée nationale, le 13 janvier, a concerné le « lourd tribut » payé par les jeunes à la crise sanitaire. À cette occasion, le Premier ministre s’est engagé à adapter rapidement les dispositifs d’accompagnement pour les jeunes et élargir le plan « 1 jeune, 1 solution ». Le gouvernement semble avoir arbitré en faveur d’une Garantie jeunes universelle et pérenne au détriment d’un RSA étendu aux moins de 25 ans.

Définition de la Garantie Jeunes

La Garantie jeunes est destinée aux jeunes de 16 à 25 ans, en situation de précarité, qui n’ont pas d’emploi et qui ne font pas d’études, ni de formation au moment où ils s’inscrivent. Elle a été testée dans certains départements à partir de 2013, avant d’être généralisée à toute la France le 1er janvier 2017. La Garantie jeunes est également la déclinaison française de la stratégie européenne de lutte contre le chômage des jeunes. Elle permet de toucher une allocation d’un montant maximal de 497 euros et de bénéficier d’un accompagnement intensif en vue de trouver un emploi.

La Garantie Jeunes universelle

Avec la Garantie jeunes universelle, il s’agirait d’aider les jeunes en situation précaire qui ont des difficultés à trouver un emploi ou à construire un projet professionnel avec la crise du Covid, en généralisant le principe de l’accompagnement rémunéré. Il y aurait donc un élargissement du nombre des personnes concernées et des critères d’élection. Elle pourrait couvrir potentiellement près d’un million de jeunes en 2021. Pour Élisabeth Borne, la ministre du Travail, « C’est mieux que le RSA jeune car il y a en plus un accompagnement vers l’emploi ». L’accompagnement est aujourd’hui de la responsabilité des missions locales. Il reposerait sur plus d’autonomie, d’universalité, de simplicité et de personnalisation.

Quelques recommandations du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse

Pour que le dispositif atteigne sa cible, le Conseil alerte sur le grand nombre de non-recours à la Garantie jeunes au cours des années passées. Phénomène que l’on retrouve pour les allocataires du RSA. Il signale aussi que des situations kafkaïennes se sont accélérées avec le confinement. En particulier, l’incapacité pour les préfectures à instruire les dossiers de régularisation met les jeunes, notamment les ex-mineurs non accompagnés, dans des zones de non-droits et crée une incapacité pour les acteurs locaux à les accompagner. Enfin, il demande d’adapter vraiment la Garantie jeunes universelle aux situations et aux profils des jeunes concernés aujourd’hui par les conséquences de la crise économique comme par exemple les jeunes salariés occupant des « emplois alimentaires » sur des contrats occasionnels et/ou de très courte durée, les jeunes sortant de formation depuis seulement quelques semaines ou quelques mois, les jeunes en formation mais sans dispositif de garantie de ressources, etc. Le conseil souhaite donc que les critères de vulnérabilité et de conditions de ressources soient assouplis pour s’adapter à ces temps de crise.

… et de Martin Hirsch

Martin Hirsch, le créateur du RSA et du service civique prône un revenu garanti ou modulé pour les jeunes en fonction des ressources des parents et de lier davantage et plus fortement revenu, formation et emploi. Pour lui, supprimer la limite d’âge du revenu de solidarité active (les jeunes de moins de 25 ans n’ont pas accès au RSA) n’est pas forcément la meilleure manière d’agir dans l’intérêt du jeune. Il cite le Danemark qui avait établi un revenu jeune strictement conditionné à la poursuite d’études ou à l’acceptation d’un emploi et qui a réussi à passer d’un chômage des jeunes plus élevé que le reste de la population à une situation d’emploi plus favorable. Pour lui, la Garantie jeunes universelle pourrait prendre deux formes : celle d’un revenu garanti, ou celle d’une dotation ouverte à 18 ans.

En guise de conclusion

Il y a urgence à ne pas laisser les jeunes en difficulté sur le bord de la route et à leur donner des moyens de subsistance afin de pouvoir étudier, se former, gagner leur autonomie. Ils sont en attente des décisions du gouvernement.


Sources