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Géographie de la crise 2020-2021 en matière d’emploi et de chômage

mercredi 22 septembre 2021

Au premier trimestre 2021, la géographie de la crise a peu évolué. Les conséquences de la crise restent plus fortes dans l’est et le sud. Les Alpes, la Côte d’Azur et la Corse regroupent les territoires les plus affectés (hébergement-restauration, activités culturelles, transports…). La zone frontalière de la région Grand-Est qui avait résisté en 2020, est affectée en 2021. À l’inverse la façade atlantique et le centre de la France continuent de se démarquer positivement. Au premier trimestre 2021, l’Île-de-France concentre la moitié de la baisse de fréquentation hôtelière et enregistre la plus forte baisse par rapport à 2019. Nice, Paris, Toulouse restent très affectées. Une autre dynamique apparait si on croise deux paramètres, celui de la création d’emplois avec le nombre de DEFM (demandeurs d’emploi en fin de mois).

La trajectoire d’emploi et de chômage des territoires pré-crise apporte un éclairage complémentaire

  • Les 15 territoires les plus dynamiques en matière d’emploi entre 2016 et 2019 s’en sortent mieux, ils retrouvent leur niveau du premier trimestre 2019 au contraire des zones les moins dynamiques pré-crise qui pâtissent de leurs fragilités structurelles.
  • Le constat s’inverse lorsqu’on se penche sur l’évolution des demandeurs d’emploi. Les 15 territoires avec les taux de chômage localisés les plus élevés en 2019 ont plus vite absorbé le choc d’avril 2020 et ont retrouvé dès le premier trimestre leur niveau de demandeurs d’emploi d’avant crise. Cette embellie repose sur une forte dynamique d’emploi (+3 % en 2019 et en 2021), très marquée pour Perpignan, Narbonne, Lens, Valenciennes (+4 %).
  • Près d’un quart des zones d’emploi retrouvent leur niveau d’avant-crise, tant en matière d’emploi que de demandeurs d’emploi. Elles ne recouvrent pas la carte classique de la performance territoriale.
  • À l’inverse 30 % des zones d’emploi sont confrontées à une double difficulté. Ce sont celles qui ont le plus souffert de la crise en 2020 ainsi que les territoires les plus fragiles (la moitié nord de la France).
  • Près d’un tiers des territoires combinent création d’emploi salarié et davantage de demandeurs d’emploi.

La spécialisation économique reste une composante insuffisante pour expliquer la variabilité du choc entre les territoires

  • Au premier trimestre 2021, les secteurs qui restent les plus affectés sont les mêmes qu’en 2020. L’hébergement, la restauration, les activités culturelles et de voyage ainsi que le transport aérien figurent parmi les secteurs d’activité les plus destructeurs d’emploi.
  • Les effets dits « locaux » (indépendants de la composition du tissu économique) restent majoritaires au premier trimestre 2021, pour la variation de l’emploi salarié privé et le taux de recours à l’activité partielle.
  • Une nouvelle fois, la densité de population d’une zone d’emploi ou le nombre d’habitants ne sont pas liés à l’ampleur des conséquences sur l’emploi et les activités économiques du territoire.

Les 12 grandes métropoles ont connu en moyenne les mêmes difficultés que l’ensemble du pays

  • L’emploi salarié du privé y a résisté un peu mieux qu’à l’échelle nationale (-1,2 % en 2020 par rapport à 2019 contre -1,5 % pour la France).
  • Les grandes métropoles concentrent depuis plusieurs années les créations d’emploi, surtout Bordeaux, Nantes, Montpellier, Toulouse et Rennes.
  • Par rapport à 2019, la part des demandeurs d’emploi a augmenté un peu plus fortement que dans le pays (+1 % contre 0,5 %).
  • Au premier trimestre 2021, la plupart des zones d’emploi des grandes métropoles ont retrouvé une dynamique favorable, excepté Paris, Rouen, Nice et Toulouse qui continuent de détruire de l’emploi.
  • Début 2021, toutes ont rebondi, à l’exception de Toulouse qui continue de pâtir du ralentissement du secteur de la fabrication de matériel de transport.
  • En matière de chômage, la zone d’emploi de Lille se distingue par une hausse des DEFM (demandeurs d’emploi en fin de mois) moins importante que la moyenne nationale et inférieure à 2019.
  • Pour Nice, Toulouse et Paris, la hausse du taux de DEFM est de l’ordre de 1,5 point, soit trois fois la moyenne nationale avec toutefois une baisse en mai.
  • Les autres métropoles constituent un groupe homogène conforme à la moyenne nationale.

La ligne de fracture traditionnelle de l’emploi et du chômage de Caen-Nice s’estompe en partie
-  Près d’un quart des zones d’emploi se trouvent dans une dynamique favorable au premier trimestre 2021, en ayant retrouvé à la fois leur niveau d’emploi et leur niveau de DEFM d’avant crise. Ces territoires sont éclatés sur l’ensemble de la France même si certaines grappes se détachent au nord (entre Lille et Maubeuge), au centre (autour de Nevers et Dôle), au sud (entre Montélimar et Nîmes et au nord de Toulon) et 5 zones de Corse. Cela signifie que l’emploi local a bien résisté.
-  A l’inverse, près d’un tiers (30 %) des zones d’emploi sont confrontées à une double difficulté en ce début d’année : une partie des territoires les plus fragiles structurellement (au nord de la France), mais en partie ceux qui ont le plus souffert de la crise en 2020 : l’Île-de-France, la façade est de la France, la Côte d’Azur, une zone de Figeac à Clermont-Ferrand, ainsi que plusieurs métropoles.

Cette nouvelle carte dessine des nouvelles fragilités. Un tiers des territoires (32 %) combinent quant à eux créations d’emplois salariés et augmentation des demandeurs d’emplois. Elle révèlerait un nouvel « exode urbain » autour des métropoles de Strasbourg, Nantes, Rennes, Bordeaux, Lyon, Toulouse et Marseille qui figurent dans cette catégorie. L’ouest et le sud de la France, traditionnellement dynamiques en termes d’emploi, retrouvent, au premier trimestre 2021, leur niveau d’avant-crise.

Ce constat confirme les tendances observées depuis plusieurs années. Géographiquement, on observe que le traditionnel « U » de création d’emploi se trouve amputé de son côté droit, à l’est, où sévit la crise. On note aussi que près de 15 % des zones d’emploi affichent une évolution encourageante en matière de DEFM mais continuent pourtant à détruire de l’emploi. Ces zones se situent en grande majorité dans la moitié nord de la France. Il est difficile, au regard du peu de recul de la crise, d’interpréter les causes de ce phénomène qui peuvent résulter de plusieurs facteurs (exode, vieillissement de la population, découragements des demandeurs d’emploi…).


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