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Plus de la moitié des pauvres en France ont moins de 30 ans

samedi 23 janvier 2021

Le « Rapport sur la pauvreté en France 2020-2021 » vient de paraître et il plante le décor avant de nouvelles aggravations possibles à cause du contexte sanitaire et social. Le rapport s’appuie sur les données de 2018 et, en termes de pauvreté, ce sont les jeunes et l’Outre-mer qui sont en première ligne.

Un mode de calcul transparent

Le rapport de l’Observatoire des inégalités retient un seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian (la moitié de la population gagne plus, l’autre moitié gagne moins, après impôts et prestations sociales), soit 885 euros par mois pour une personne seule en 2018 et 1 328 euros pour un couple sans enfants.

Le mode de calcul fait apparaitre que la France compte, en 2018, 5,3 millions de pauvres soit 8,3 % de la population totale. « La pauvreté est plus répandue qu’il y a 15 ans, la hausse s’est faite entre 2002 et 2012, avec 1,3 million supplémentaire (+ 35 %) », selon Anne Brunner, codirectrice du rapport.

Les personnes sans activité sont les plus exposées

Près de la moitié des personnes pauvres sont inactives, à la retraite ou au foyer. L’autre moitié comprend des salariés et des étudiants. Un chômeur sur quatre est sous le seuil de pauvreté. La moitié des personnes pauvres vivent en couple, un quart sont seules, un autre quart vivent au sein de familles monoparentales.

Le rôle déstabilisant des séparations est relevé dans le rapport. Une famille sur cinq qui se sépare bascule dans la pauvreté avec majoritairement des femmes désormais à la tête de la famille. Aussi, le taux de pauvreté des femmes est supérieur à celui des hommes, 52,7 % contre 47,3 %. Pour l’Observatoire, c’est un « reflet du poids financier des enfants sur leur niveau de vie ». Enfin, les immigrés seraient trois fois plus exposés.

Les enfants et les jeunes sont les plus touchés

La moitié des pauvres ont moins de 30 ans, 20 % sont étudiants, un tiers sont des enfants et des adolescents. Un enfant sur dix grandit dans une famille pauvre. Les 18-29 ans sont les plus touchés. « Cette tranche d’âge est vulnérable à la crise économique qui suivra la crise sanitaire », s’alarme déjà Louis Maurin, directeur de l’Observatoire. Pour les plus jeunes, le RSA leur est interdit.

Le rapport s’arrête sur ce qu’il appelle « la pauvreté scolaire ». « On ne réalise pas forcément que, dans notre pays, 30 % de la population de plus de 15 ans non scolarisée a au mieux le niveau de troisième. Parmi les seuls 30-49 ans, 13 %, soit plus de 2 millions de personnes, n’ont aucun diplôme et 18 % ont au mieux le brevet des collèges » indique Anne Brunner.

Les invisibles

Le rapport alerte sur les « invisibles » ignorés des statistiques, ceux qui vivent dans les bidonvilles, les squats ou dans la rue, les travailleurs immigrés dans les foyers, les détenus… Leur sort intéresse si peu que les statistiques les concernant sont rares et incomplètes. Selon le rapport, avec eux, il faudrait ajouter au moins un million de personnes au nombre de pauvres.

Les Outre-mer sont en tête des territoires les plus pauvres

Les données de l’INSEE, publiées au cours de l’été et mentionnées par le rapport, sont parlantes. À Mayotte, 77 % de la population se situe sous le seuil de 60 % du niveau de vie médian (seuil différent de celui utilisé par l’Observatoire) ; 53 % en Guyane. À la Réunion, un quart des habitants vivent avec moins de 867 € par mois. Et en Martinique, les 10 % les plus pauvres vivent avec moins de 630 € mensuels.

Parmi les villes qui comptent plus de 20 000 habitants, cinq communes de la Réunion sont en tête du classement des vingt villes où le taux de pauvreté est le plus élevé. Devant Grigny (Essonne) et Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) qui affichent des taux de 45 % et 46 %.

Et demain ?

La date de parution du rapport dans un contexte déjà difficile amène les responsables de l’Observatoire à tirer la sonnette d’alarme. En effet la crise sociale actuelle fait déjà des jeunes les grands perdants du moment et la pauvreté s’étend en France malgré un système redistributif parmi les plus efficaces au monde. La crise sanitaire et économique est particulièrement rude pour les jeunes car les petits jobs et les emplois précaires ont disparu du jour au lendemain. Il faut ajouter les difficultés accrues pour s’insérer sur un marché du travail déprimé et gagné par l’incertitude, ainsi que les difficultés de formation, notamment pour les apprentis qui ne trouvent plus d’entreprise pour les accueillir. En attestent l’augmentation des demandes au RSA (plus 10 % fin aout), les difficultés des étudiants et les prévisions sur les chiffres du chômage.

Si « les personnes âgées ont payé les plus lourdes conséquences du coronavirus en matière de santé, les jeunes vont subir l’essentiel de ses retombées économiques », a déclaré Louis Maurin, s’alarmant du niveau de la récession qui s’annonce. Il est donc temps de regarder déjà son impact possible.


D’ores et déjà, des propositions fleurissent de la part des associations comme un revenu minimum unique alors qu’Elizabeth Borne, ministre du Travail, indique dans un communiqué le 8 janvier 2021 qu’elle réfléchit à la mise en place d’une « garantie jeunes universelle » censée unifier plusieurs dispositifs et assurer un accompagnement vers un métier et le versement d’un pécule, en cas de besoin.


Sources