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Prévention, pénibilité et inégalités sociales de santé

mercredi 28 septembre 2022

Il y a des plans santé au travail en France – on en est au quatrième - et des politiques de réduction des risques professionnels. Où en est-on aujourd’hui ? La Dares a lancé des appels de recherche pour donner des éclairages sur la situation actuelle, permettant ainsi d’alimenter la réflexion afin d’améliorer la prévention et de définir les publics prioritaires.

L’étude

Une étude sur la question des expositions aux facteurs de pénibilité et des inégalités de santé associées, suite à un appel à projets de la Dares sur les risques professionnels, les atteintes à la santé et les inégalités sociales de santé, vient d’être réalisée par une équipe du laboratoire SAF (Santé publique France) de l’université Lyon 1, utilisant les enquêtes Sumer et Conditions de travail de la Dares.

Comme le définissent les auteurs, les données de ces 2 enquêtes de la Dares permettent, par leur exploitation parallèle, d’explorer les inégalités d’exposition aux risques professionnels et leur évolution au cours des années 2010 et d’analyser les inégalités de santé qui en découlent et le lien entre expositions à ces risques, état de santé dégradé et recours aux arrêts maladie. Il ne faut cependant demander à ces données d’enquête que ce qu’elles permettent de voir, les conséquences à court terme des expositions, car on ne connait pas les situations professionnelles passées, ni la durée cumulée des expositions, indispensable en particulier pour le C2P, compte professionnel de prévention.

Les expositions à la pénibilité

Les auteurs estiment le nombre de salariés exposés à un ou plusieurs facteurs de pénibilité sur leur lieu de travail à 13,5 millions, soit 61 % des salariés.

Tous salarié exposés 13,5 M
Dont :
aux contraintes physiques marquées 10,7 M
à un environnement agressif 4,1 M
à des rythmes de travail atypiques 4,8 M



Certains salariés cumulent plusieurs facteurs, en particulier les ouvriers, les travailleurs de nuit, ceux qui travaillent en équipes alternantes et les plus jeunes. Au contraire, les salariés des grandes entreprises (500 salariés et plus) sont plus épargnés.

C’est un niveau équivalent aux chiffres de 2003, mais après une aggravation dans les années 2000 et une baisse de 2010 à 2017. Dans cette dernière période, les déclarations de pénibilités pour bruits nocifs ont fortement diminué, les nuisances thermiques ont baissé, de même que les agents cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction et ainsi que celles liées aux manutentions répétées de charges. Au contraire les expositions aux postures pénibles ou aux vibrations ont augmenté, surtout pour les ouvriers et les salariés des TPE.

De plus, les catégories sociales les plus touchées, en particulier les ouvriers, qualifiés et non qualifiés, sont aussi les plus exposés aux risques du tabac, de l’alcool et de la mauvaise alimentation, ce qui se combine avec les risques professionnels quant à leur état de santé.

Les facteurs d’inégalités sociales de santé

À partir des 2 enquêtes citées, l’étude examine les associations entre les expositions aux facteurs de pénibilité (contraintes physiques marquées, environnement physique agressif, rythmes de travail atypiques) et l’état de santé déclaré, les arrêts maladie et la survenue d’accidents du travail d’autre part.

Or, sa principale conclusion, qui n’étonne pas, est que les conditions de travail et la pénibilité sont prépondérantes. Une forte association a été trouvée entre :
 des contraintes physiques fortes et des risques de santé altérée, des recours à des arrêts maladie et la survenue d’accidents de travail, heureusement surtout bénins.
 un environnement physique agressif et des risques de santé altérée et des accidents de travail.

Les auteurs insistent sur la vigilance à avoir, car :
 pour les salariés en travail de nuit, s’ils connaissent un accident de travail, les durées d’arrêts maladie en sont beaucoup plus longues.
 pour ceux subissant des charges lourdes ou des vibrations mécaniques, l’exposition a augmenté entre 2010 et 2017 et la durée cumulée des arrêts maladie est également plus longue.

Dans les années 2010, alors qu’on a connu des politiques et plans de sensibilisation et de prévention, les évolutions ont été inégales :
 défavorables pour les salariés subissant des ports de charges lourdes ou des vibrations mécaniques.
 incertaines pour les postures pénibles : les salariés n’ont plus connu de surcroit de jours d’absence en cas d’accident du travail mais le nombre de salariés exposés a augmenté.
 meilleures pour l’exposition aux bruits nocifs qui ont beaucoup diminué.

On peut donc en conclure que les politiques de prévention et plans de santé au travail sont encore loin d’avoir atteint leur but et que les entreprises, surtout beaucoup de PME et TPE, qui n’ont pas de commission santé, sécurité et conditions de travail, n’ont pas encore pris la mesure du problème et les mesures de prévention, d’organisation et de conditions de travail nécessaires. Cette étude montre bien les inégalités sociales qui en découlent en fonction des groupes sociaux les plus concernés et les catégories d’entreprises. Il y a donc encore grand besoin de négociations sur les conditions de travail et la pénibilité, et de débat et avis au sein des CSE.


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