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L’état d’esprit des salariés pendant le confinement

mercredi 20 mai 2020

Un sondage effectué par Kantar [1] à la demande de la CFDT donne une vision exhaustive de l’état d’esprit des salariés après quatre semaines de confinement. Partagé entre confiance et inquiétudes, les perceptions diffèrent suivant les situations de travail ou de non-travail, les secteurs d’activité, les catégories sociales et la taille des entreprises. Mais globalement, les salariés ont plutôt confiance dans leur entreprise (plus dans le privé que dans le public) et pensent que le dialogue social est un facteur de réussite pour dépasser la période.

Des situations de travail affectées par la crise du COVID-19

68 % des salariés ont vu leur situation professionnelle affectée par le confinement lié à la crise du COVID-19. Un peu plus de la moitié des salariés (53 %) ont continué à travailler à temps plein et 14 % en activité partielle. Un peu plus de la moitié des salariés qui ont travaillé (51 %) l’ont fait sur leur lieu de travail habituel. Les autres ont travaillé en télétravail complet (36 %), en télétravail partiellement (9 %) et le reste dans un autre lieu de travail (4 %).

Pour les autres salariés, 17 % se sont retrouvés en chômage partiel total, 14 % en chômage partiel avec de l’activité, 11 % ont été en arrêt de travail pour le confinement et 4 % en arrêt de travail sans lien avec le confinement. 1 % avaient perdu leur emploi au moment de l’enquête.

Les télétravailleurs globalement satisfaits

Les télétravailleurs sont essentiellement des cadres (80 % des cadres sont en télétravail totalement ou partiellement). Il y en a aussi beaucoup dans les professions intermédiaires (47 %) et chez les employés (40 %). En fait, 72 % des salariés travaillant dans un bureau sont en télétravail.

Ils sont 80 % à estimer que le télétravail se passe pour eux dans des conditions satisfaisantes. Les hommes sont plus satisfaits que les femmes (84 % contre 79 %). La satisfaction des télétravailleurs (à plus de 80 %) semble se manifester dans tous les domaines du travail et son environnement. Seul regret exprimé : un manque d’information fourni par l’employeur pour s’adapter aux nouvelles conditions du travail.

Ceux qui ont travaillé en présentiel ont une vision nettement différente

C’est bien sûr le risque d’exposition au virus qui est le plus mal ressenti par ces travailleurs. 87 % estiment être exposés à des risques de contamination. C’est particulièrement le cas dans le commerce (100 %) ou encore dans les établissements recevant du public (98 %). Ceux qui travaillent dans des espaces extérieurs se sentent pour 88 % d’entre eux également exposés au risque, un peu moins dans les bureaux et dans les usines (80 % et 76 % tout de même).

Les salariés saluent assez largement la qualité de l’information et les dispositions prises par leur employeur (75 % de satisfaits ou plutôt satisfaits). C’est d’abord l’information patronale qui est la première source d’information des salariés, que ce soit pour la prévention des risques (pour 47 % des salariés), les conséquences économiques (33%) ou même les droits des travailleurs (44 %). Si les pouvoirs publics sont la deuxième source d’information, les syndicats constituent une source d’information pour 16 % des salariés en ce qui concerne les risques (23 % s’il y a une présence syndicale), 10 % sur les conséquences économiques (15 % si présence syndicale), et sur les droits des salariés (17 % et 24 % si présence syndicale).

La qualité de l’information est particulièrement appréciée quand elle émane des syndicats (78 % de satisfaits) et de l’employeur (77 %). Un peu moins si elle vient des pouvoirs publics (65 %).

C’est « l’inquiétude » qui prime

Quand on leur demande de donner trois mots qui caractérisent la période, c’est d’abord « l’inquiétude » qui ressort en premier pour 51 % des sondés. C’est particulièrement le cas pour les salariés des transports, les femmes et les ouvriers. La « patience » ensuite pour 46 % des sondés. On les trouve plutôt dans le commerce, le BTP, chez les jeunes, les employés et les cadres. « L’impuissance » est évoquée par 37 % des sondés qui se trouvent chez les plus de 50 ans, les professions intermédiaires, les salariés de l’industrie et des services.

Les craintes des salariés

56 % des salariés sont inquiets pour leur situation professionnelle. Seuls les salariés des très grandes entreprises ne sont pas ou peu inquiets majoritairement. Dans les petites entreprises (moins de 11 salariés) 56 % sont inquiets. Mais dans toutes les autres entreprises c’est l’inquiétude qui prime pour plus de 60 % d’entre eux. Ce sont les ouvriers qui sont aussi les plus inquiets (64 %), presque 10 points de plus que les autres catégories.

79 % des salariés (85 % dans le privé et 68 % dans le public) pensent que la crise aura un impact sur leur entreprise et leur administration. Ce sont les cadres (88 %) et les ouvriers (82 %) qui sont les plus inquiets. Des craintes s’expriment aussi sur les conditions du travail futures : 53 % redoutent une augmentation du temps de travail, 49 % une dégradation des conditions de travail, 45 % des suppressions d’emploi. Ils sont 26 % à redouter une perte d’emploi pour eux-mêmes. 47 % craignent une baisse du salaire qu’ils ont déjà constatée pour 28 % d’entre eux, notamment dans les entreprises de moins de 50 salariés et chez les ouvriers et employés.

Le dialogue social : une garantie supplémentaire pour la sécurité des salariés

77 % des salariés sont en accord avec les mesures prises par leur employeur pour assurer au mieux leur sécurité. Toutefois, dans certains secteurs la confiance est moindre comme dans les transports et le commerce.

La satisfaction des salariés est plus forte quand il y a eu dialogue social (87 % de satisfaits). Toutefois, si 37 % des salariés estiment qu’il y a eu dialogue social, 30 % ne le savent pas et 37 % déclarent qu’il n’y en a pas eu ou qu’il n’y a pas de représentation du personnel. C’est dans les entreprises de plus de 500 salariés qu’il y a eu dialogue social (entre 47 % et 52 % de réponses positives).
Le dialogue social a plus fonctionné dans l’industrie et dans les transports. C’est chez les cadres et les professions intermédiaires que l’on trouve les réponses les plus positives (48 % et 42 %) alors que les ouvriers et les employés l’ont moins perçu (31 % à 32 % de réponses positives).

Les salariés confiants dans leur entreprise pour la suite

Globalement les salariés ont confiance dans les mesures que leur employeur prendra pour la suite : 82 % ont confiance sur la poursuite de l’activité de l’entreprise, 81 % sur le maintien du salaire. Ils sont un peu moins confiants toutefois sur les conditions de travail (75 %) et sur la protection sanitaire (74 %). Ce niveau de confiance est plus fort dans les petites entreprises. C’est dans les entreprises de 500 à 999 salariés que celle-ci est la moins forte (69 %). De même la confiance est moins forte dans le secteur public. Là encore, la confiance est plus forte quand il y a du dialogue social (85 %) que quand il n’y en a pas (67 %).

75 % des salariés pensent que les manières de travailler vont changer dans l’avenir. Ils sont toutefois très partagés sur les conséquences sur leur situation professionnelle : 25 % pensent qu’elles seront positives, 23 % pensent le contraire et 52 % considèrent qu’il y aura des conséquences positives et négatives.

Quelles politiques publiques pour la suite ?

Tout d’abord, les salariés sont partagés sur l’aide qu’ont apporté l’État et les pouvoirs publics aux entreprises. Si 62 % pensent que l’État les a aidées suffisamment, il y a une différence sensible entre l’opinion des cadres (81 % de réponses positives) et les ouvriers (45 %). C’est dans le BTP que les réponses sont les moins positives (47 %). Les atermoiements de l’État au début du confinement sur la nécessité ou non de cesser l’activité y sont certainement pour quelque chose.

Les salariés sont aussi divisés sur la question de savoir si les aides aux entreprises doivent être conditionnées (57 % de oui, 43 % de non). Quant aux actions de solidarité envers différents publics, elles doivent d’abord aller aux personnes malades, aux aidants familiaux, à ceux qui doivent travailler et garder les enfants, et aux auto-entrepreneurs (à plus de 90 %). Cependant, les aides en direction des allocataires des minimas sociaux et aux demandeurs d’emploi sont moins privilégiées (moins de 75 %).

Pour lutter contre les déficits publics, le rétablissement d’une contribution des plus riches est plébiscité (87 %). Les salariés sont aussi favorables à la diminution des dépenses publiques (77 % d’opinions favorables), ce qui peut laisser perplexe dans la période… Allonger le temps de travail (44 % de pour) ou augmenter les impôts sur le revenu (24 %) ne sont pas des options populaires.

Enfin, sur le plan industriel les salariés veulent que les productions clés soient relocalisées (73 %) et pensent qu’il est nécessaire de revaloriser les professions dont la crise a montré le caractère indispensable (72 %).

Ce sondage montre que les salariés dans leur ensemble sont plutôt confiants envers leur entreprise ou leur administration. Cette vision plutôt positive de la situation ne veut pas dire que tout va pour le mieux dans toutes les entreprises et les administrations. Les verbatims qui illustrent les différents points du sondage, issus des courriels reçus par la CFDT, viennent rappeler les difficultés que rencontrent certains salariés dans la période. Il ne faut pas non plus négliger les différences sensibles entre ceux qui ont été plutôt préservés par le confinement (les télétravailleurs, les personnes en chômage partiel dans les grandes entreprises) et les autres, notamment ceux qui ont continué à travailler dans les lieux accueillant du public.

Une chose est sûre, le dialogue social est aux yeux des salariés un élément essentiel pour dépasser la crise, à la fois rassurant et de nature à faire valoir leur point de vue, que ce soit en matière de sécurité sanitaire ou de poursuite de l’activité de leur entreprise et administration. Beaucoup d’employeurs semblent l’avoir compris. Cela doit être la règle y compris dans les petites entreprises.


Sources


Notes :

[1Sondage CFDT – Kantar effectué en ligne du 16 au 22 avril 2020 sur un échantillon de 1 005 personnes, représentatif des salariés français selon la méthode des quotas.