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La crise sanitaire a atteint le moral des jeunes en 2021

samedi 9 avril 2022

Moral en berne, difficulté à se projeter dans l’avenir, mobilité entravée, autonomie contrariée, tels sont les enseignements d’une étude intitulée « Baromètre sur la jeunesse » parue en janvier 2022. Ce travail a été effectué pour la Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA) du ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Elle a été réalisée par des chercheurs du CREDOC à partir d’une enquête effectuée via internet en mars-avril 2020 auprès de 4 644 jeunes âgés de 18 à 30 ans. En voici les principales conclusions…

La crise sanitaire a pesé très lourdement sur la vie des jeunes

49 % des jeunes considèrent que la crise sanitaire a été une période particulièrement pénible à vivre. Souvent seuls dans de petits logements, les jeunes ont subi de plein fouet le ralentissement de l’activité conduisant à une dégradation de leur vie quotidienne. Cela a été le cas plus particulièrement des jeunes qui cumulent les fragilités socio-économiques. Ainsi s’ils sont 52 % pour qui la crise n’a rien changé, 34 % indiquent qu’elle a « changé la donne », notamment pour ceux qui se sont retrouvés au chômage.

Le pessimisme a gagné du terrain

Alors qu’en 2020, avant ou au tout début du confinement, 53 % des jeunes déclaraient un état d’esprit positif, ils n’étaient plus 46 % en 2021, au même niveau que ceux dont l’état d’esprit était négatif (45 %).

La crise a « mis à mal les mécanismes de sociabilité des jeunes » indiquent les auteurs de l’enquête. 63 % des jeunes ont souffert d’un manque de contact avec les amis, les camarades d’étude ou encore les voisins. En complément, ils expriment un sentiment fréquent de solitude pour 41 % d’entre eux. Ils sont 53 % à déclarer moins sortir de leur domicile qu’avant la pandémie, notamment les jeunes femmes, les couples sans enfants, les 25-30 ans et les diplômés du bac ou du supérieur.

Même si ce sentiment reste encore à un niveau élevé (59 %), les jeunes sont moins satisfaits de leur situation personnelle qu’en 2020 (-6 points). Le niveau le plus faible depuis 6 ans. Cette baisse est particulièrement forte chez les niveaux bac et plus, les 25-30 ans et les femmes. S’ils sont 52 % à se projeter à moyen et long terme, ils sont tout de même 35 % à n’envisager les choses qu’à court terme.



Face aux incertitudes économiques, 60 % se « montrent confiants face à l’avenir » toutefois, en perte de 7 points par rapport à 2020. Dans ce contexte, ils privilégient dans leurs projets professionnels la question de la rémunération (62 %), loin devant d’autres considérations : conciliation vie familiale et professionnelle (38 %), intérêt et contenu du travail (30 %) ou encore perspectives de carrière (26 %) ou avenir du secteur (24 %).

Sur le plan personnel, la moitié des jeunes veulent s’installer en couple ou avoir un enfant, et 42 % souhaitent atteindre l’autonomie résidentielle dans les cinq ans à venir.

Le « distanciel » boosté par la crise sanitaire

La crise sanitaire avec ses périodes de confinement a provoqué le recours du travail et de l’enseignement à distance. 60 % des étudiants n’exerçant pas d’activité professionnelle ont étudié à distance dont la moitié pour la première fois. 37 % des jeunes en emploi ont télétravaillé.

Comme les travailleurs plus âgés, 40 % des jeunes aimeraient continuer à télétravailler après la crise, avec un net intérêt pour le télétravail ou les études à distance à temps partiel. C’est particulièrement le cas chez les jeunes parents avec enfants ou les jeunes vivant encore chez les parents et les habitants de l’Île-de-France.

La crise sanitaire a provoqué de nombreux retours chez les parents

Au moment de cette enquête, 58 % des jeunes vivaient chez leurs parents. 42 % d’entre eux sont revenus chez leurs parents. Ils avaient déjà exercé pour la plupart (70 %) une activité professionnelle par le passé. Ces jeunes de retour chez les parents ont surtout fini leurs études. Ils travaillent mais disposent de ressources plus faibles que ceux qui ont quitté le domicile parental définitivement. Ces derniers ont le plus souvent 25-30 ans, sont en couple (73 %) et ont un travail (57 %).

Les projets de mobilité internationale ont été reportés

14 % des jeunes de 18 à 30 ans ont passé six moins au moins dans d’autres pays européens et 20 % ne se sont jamais rendus à l’étranger. Les séjours longs à l’étranger concernent une population particulière plutôt privilégiée. L’enquête indique que c’est « lié au diplôme, au statut d’activité, au sexe, à la situation familiale ou encore la région de résidence ». Avec la crise, les difficultés pour se rendre à l’étranger ont été multipliées si bien qu’un tiers des jeunes a dû renoncer à un séjour de plus de 15 jours (hors vacances). La « fermeture des frontières, impossibilité de voyager et peur du coronavirus » sont d’abord à l’origine du renoncement, loin devant les problèmes financiers.

Toutefois, l’envie reste et même aurait plutôt progressé chez les plus jeunes (18-24 ans) puisqu’ils sont 48 % à envisager un séjour long à l’étranger.

Les autres enseignements de l’enquête

Ainsi, concernant l’accès aux aides, « 24 % des jeunes considèrent qu’ils ne bénéficient pas d’aides auxquels ils pourraient prétendre », en retrait de 7 points par rapport à 2020. Les dispositifs les plus identifiés sont des mesures plus anciennes alors que les mesures les plus récentes et notamment celles liées au Covid ont été mal identifiées par les jeunes.

59 % des jeunes déclarent avoir été victimes de discrimination, notamment l’âge (26 %), le sexe (24 %), les origines ou la couleur de peau (21 %). Les situations de discrimination ont eu lieu d’abord à l’école (47 %), puis dans l’emploi (41 %) ou la recherche d’emploi (40 %) et dans des lieux de loisirs (38 %).

Si 2021 constitue une rupture à la baisse en matière de participation citoyenne des jeunes (élections, participations aux manifestations, grèves), leur engagement associatif reste au même niveau que les années précédentes. 43 % des jeunes font partie ou participent aux activités d’une association. Un jeune sur deux donne même de son temps bénévolement, en hausse par rapport à 2020. En tête, les associations sportives (31 %), ensuite la jeunesse et l’éducation (19 %), la culture ou les loisirs (17 %), le social et la solidarité (17 %). Les jeunes aussi souhaitent s’engager ou s’engager plus sur l’environnement.

Voilà donc un panorama sur l’état d’esprit des jeunes au cours du printemps 2021 en pleine crise du Covid. Si le pessimisme gagne du terrain à ce moment, le Covid y est pour beaucoup et globalement ils restent assez optimistes pour l’avenir. Reste à savoir, avec l’enquête de cette année, quel l’impact auront sur le moral des jeunes les événements internationaux en cours.


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