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Les chiffres en hausse de l’apprentissage 2020, décodage

mercredi 24 mars 2021

Début février, le ministère du Travail, de l’emploi et de l’insertion a publié cinq pages d’infographie présentant les chiffres de l’apprentissage en 2020. Ces infographies (évolution du nombre de contrats, répartition par région, niveaux de qualification, secteurs économiques et engagement des différentes entreprises en fonction de leur taille) expriment le nombre de contrats exécutés en 2020 dans le secteur privé. Elles se fondent sur des chiffres arrêtés au 31 décembre 2020, issus d’une remontée déclarative des opérateurs de compétences (OPCO) de janvier 2021.

Les principales informations qui s’en dégagent

495 000 contrats ont été signés dans le secteur privé, contre 353 421 en 2019. Si l’on ajoute à ce chiffre les contrats signés dans le secteur public, la barre symbolique des 500 000 contrats est atteinte. Pour le ministère du Travail, cette forte croissance s’explique tant par les effets de la réforme de l’alternance de 2018 que par la mise en place des aides à l’embauche d’alternants dans le cadre du plan « un jeune, une solution ». Pour rappel, cette aide consiste en une prime aux entreprises d’un montant de 5 000 € pour l’embauche (jusqu’au 31 mars et reconduite jusqu’en fin d’année) d’un apprenti mineur ou de 8 000 € pour l’embauche d’un apprenti majeur.

La croissance de l’apprentissage s’est faite de manière homogène sur l’ensemble des territoires (hors territoires de Mayotte et de la Martinique, pour lesquels les données n’ont pas été communiquées). 108 055 contrats ont ainsi été conclus en Île‐de‐France, 59 749 sur la région Auvergne‐Rhône‐Alpes, 41 484 en Nouvelle Aquitaine, 35 036 dans les Hauts‐de‐France…

Tous les types d’entreprises se sont engagés dans la conclusion de ces contrats, mais les TPE‐PME représentent plus des trois quarts des contrats signés. Les TPE-PME maintiennent ainsi leur poids prépondérant dans l’apprentissage.
La répartition en fonction de la taille de l’entreprise est la suivante :

  • 322 820 contrats de 0 à 49 salariés,
  • 53 803 de 50 à 249 salariés,
  • 39 130 de 250 à 999 salariés et 73 368 dans des entreprises de 1 000 salariés et plus.

En ce qui concerne les niveaux de qualification, il faut noter que la progression de l’apprentissage continue à profiter à l’enseignement supérieur. Les CAP/BEP représentent toujours 26 % des diplômes visés en apprentissage (120 307 contrats), et les baccalauréats 16 % (75 005 contrats). Mais les certifications de niveau Bac +2 représentent désormais 22 % des contrats signés (101 535 contrats), les Bac +3 et Bac +4 17,5 % (82 068 contrats) et les Bac +5 et plus 18 % (84 145 contrats).
Certains secteurs économiques ont particulièrement porté cette progression. On peut noter un développement important de l’apprentissage dans les commerces de détail (12,4 % des contrats) et dans les services à la personne et de proximité (3,7 % des contrats). Certains secteurs historiques de l’apprentissage, pourtant très impactés par la crise sanitaire, arrivent à se maintenir. C’est le cas notamment du BTP (10 % des contrats).

Derrière ces données positives se cache néanmoins une réalité parfois beaucoup moins rose

La crise sanitaire a laissé des apprentis sur le carreau. Si certains secteurs n’ont pas connu de crise de recrutement (l’informatique par exemple), d’autres ont été fortement frappés par les fermetures pour cause de pandémie (hôtellerie restauration, tourisme…).

Des inscrits en centre d’apprentissage restent « orphelins » de contrat, faute d’entreprise pour les employer. La crise n’est pas seule en cause. La réforme de 2018 a facilité la création de nouvelles sections ou nouveaux centres de formation d’apprentis, l’aval des Régions pour ce faire n’étant plus requis. Le financement « au contrat » a également incité les CFA à remplir au maximum leurs formations, afin de s’assurer les financements nécessaires à leur développement. La possibilité de garder en centre de formation un apprenti sans contrat pendant 6 mois au lieu de 3 a également incité certains établissements (fort heureusement minoritaires) à privilégier leur rentabilité financière au détriment des jeunes…

Par ailleurs, la réforme de l’apprentissage de 2018 et les premières mesures en faveur de l’alternance prises pour faire face à la crise créée par le COVID ont rendu pendant plusieurs mois le financement du contrat d’apprentissage plus avantageux que celui de professionnalisation. Ceci avantageant de fait aussi bien les centres de formation, qui ont parfois transformé des contrats de pro en contrat d’apprentissage, que les entreprises, qui ont délaissé le contrat de pro, moins « rentable » (rappel : au départ, le contrat de pro n’était pas éligible aux primes de 5 000 et 8 000 euros).

La DARES souligne ainsi que pour l’année 2020, 112 700 contrats de professionnalisation ont été enregistrés pour la France entière, en baisse de 48,4 % par rapport à 2019. Une tendance à la baisse des embauches observée depuis septembre 2019, tant chez les jeunes que chez les adultes, qui se poursuit en 2020, avec une diminution particulièrement marquée pour les jeunes depuis mars.

Au final, la situation globale de l’alternance n’est donc sans doute pas aussi positive que les déclarations du ministère de l’emploi le laissent entendre…


Références

  • Pour retrouver toutes les données sur l’alternance : DARES
  • Synthèses et tableaux de bord des politiques de l’emploi de la DARES (travail-emploi.gouv.fr)