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Faut-il modifier les règles de l’intérim pour les séniors ?

Publié le 15 juillet 2023 / Temps de lecture estimé : 3 mn

Au cours des dernières années, le taux d’emploi des séniors s’est amélioré (53,8 % pour les 55 à 64 ans, estimation DARES), mais il demeure très inférieur à celui des autres groupes d’âge. Par ailleurs leur taux de chômage se dégrade, il en est de même pour sa durée moyenne.

Les pratiques managériales restent encore discriminantes à l’encontre des plus de 55 ans. Les employeurs mettent en avant le surcoût supposé (ou réel) des séniors, ainsi que l’obsolescence de leurs savoir-faire :

  • Gestion par l’exclusion dans les années 1975-2000. Gestion par l’oubli dans les années suivantes.
  • Discrimination à l’embauche. Préférence pour les jeunes managers.
  • Absence de possibilités de progression.

Les plus de 50 ans sont toujours touchés par le chômage de longue durée, même si le taux d’emploi des 55 ans et plus a nettement progressé ces 20 dernières années. Un sénior sur six n’est ni en emploi, ni à la retraite.

  • Le nombre de demandeurs d’emploi de plus de 50 ans a augmenté de 312 000 en 2008 à 809 000 fin 2022.
  • Les séniors sont plus souvent des chômeurs de longue durée (370 jours en 2008 à 665 jours fin 2022 et la durée de chômage des moins de 25 ans est passée de 123 jours à 143 jours).
  • Pour un entretien d’embauche, une personne entre 48 et 55 ans a trois fois moins de chance d’être rappelée pour un entretien d’embauche qu’un 23-30 ans.

Dans le secteur du travail temporaire, la part des plus de 45 ans n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années pour atteindre 20,5 % des salariés en 2022 (13,4 % de plus de 50 ans). De plus les séniors ont un taux d’intensité dans cet emploi bien supérieur à la moyenne.

  • En 2021, les séniors représentaient 22 % des salariés travaillant plus de 1 200 heures par an. En 2022, les séniors travaillaient en intérim en moyenne 535 heures par an contre 464 heures tous âges confondus. Les agences d’emploi (entreprises qui proposent des services de rapprochement entre l’offre et la demande d’emploi), dont celles du travail temporaire investissent plus de 600 millions d’euros dans la formation et l’apprentissage par le contrat de développement professionnel intérimaire (CDPI) et le contrat d’insertion professionnelle intérimaire (CPI) :
  • Le CDPI permet à un salarié intérimaire peu ou pas qualifié d’accéder à un premier niveau de qualification, via un parcours de formation devant nécessairement aboutir à l’obtention soit d’une certification, soit d’une qualification reconnue dans une convention collective de branche.
  • Le dispositif de formation en alternance, le CPI, s’adresse à des publics très éloignés de l’emploi rencontrant des difficultés d’insertion sur le marché du travail, en prévoyant également un temps de formation.

Dans un contexte d’allongement de carrière, le secteur de l’intérim essaye de s’adapter aux séniors pour répondre à la multiplicité des besoins individuels des salariés et des employeurs comme :

  • Pour les salariés séniors, un maintien dans l’emploi, une sécurisation de leur situation avant l’âge de la retraite et la poursuite de la constitution des droits.
  • Pour les entreprises, la réalisation de projets ponctuels pour des emplois devant être assumés par des salariés expérimentés.

L’organisation patronale de la branche professionnelle du travail temporaire, Prism’emploi, cherche à améliorer l’attractivité du travail temporaire pour l’emploi des séniors et pour leurs entreprises. Ils demandent des allègements de la règlementation du contrat de travail pour les séniors :

  • Exonérer l’indemnité de fin de mission de cotisations sociales pour le salarié et l’employeur, afin de compenser le surcoût d’un salarié expérimenté et de bonifier la rémunération de ce dernier.
  • Suspendre le délai de carence à l’expiration du contrat de mission, permettant ainsi d’allonger la durée d’emploi pour un même projet tout en offrant aux entreprises davantage de visibilité.
  • Créer un motif de recours à l’intérim spécifique pour les séniors de plus de 55 ans. L’entreprise utilisatrice n’aurait plus à justifier d’un accroissement temporaire d’activité ou de remplacement d’un salarié absent pour faire appel à un salarié intérimaire sénior.

Plusieurs dispositifs existent pour faciliter l’embauche des séniors comme le CDI sénior, le CDD sénior, l’incitation à la reprise d’emploi par le cumul d’une allocation chômage avec une rémunération, sans oublier le contrat de professionnalisation adulte pour les plus de 45 ans, la reprise d’activité réduite, les aides à la mobilité pour les plus de 50 ans ou l’aide à la création et la reprise d’une entreprise… Ces dispositifs sont-ils efficaces ? Faut-il aussi déréguler l’emploi intérim comme le demande l’organisation patronale ?


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