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Féminicides : des chiffres en baisse, un combat à poursuivre

samedi 25 septembre 2021

Selon le ministère de la Justice, 90 femmes ont été tuées en 2020 alors que le chiffre s’élevait à 146 en 2019. Même en baisse ces chiffres restent trop élevés. Les récents féminicides soulignent encore la nécessité de mieux protéger les victimes de violences conjugales. Après le Grenelle contre les violences conjugales de 2019, le gouvernement prépare de nouvelles mesures contre ce fléau majeur de notre société.

200 000 femmes en moyenne sont concernées par des violences

Près de 200 000 femmes déclarent chaque année subir des violences mais seules 18% d’entre elles portent plainte. Les féminicides représentent le stade ultime de ces violences et chaque victime sous les coups de son compagnon ou son ex est toujours une victime de trop. Pour l’essayiste Fatiha Agag-Boudjahalat, « chaque féminicide est un meurtre qui aurait pu être évité ». Une forte mobilisation associative et syndicale, une prise de conscience dans l’opinion publique, des actes gouvernementaux à travers le Grenelle, une meilleure prise en charge dans les médias ont changé la perception de ces affaires qui ne sont plus traitées comme un drame conjugal ou amoureux. Les chiffres de 2020 semblent refléter ce nouveau climat.

En 2020, les féminicides ont reculé à un niveau jamais vu depuis 15 ans

Le chiffre pour 2020 est le plus bas depuis que les différents gouvernements ont commencé à recenser les féminicides, en 2006. En 2020, 90 victimes alors qu’en 2019 ce chiffre concernait 146 femmes. Pour le garde des sceaux, il s’agit d’un résultat modeste mais porteur d’espoir.

Pourquoi ?

Il faut citer en premier lieu le Grenelle pour lutter contre les violences conjugales en 2019. Il avait abouti à une quarantaine de mesures, parmi lesquelles le début du déploiement de bracelets anti-rapprochement pour les conjoints, le téléphone grand danger, les ordonnances d’éloignement du domicile conjugal, la prise de plaintes à l’hôpital, 1 000 nouvelles places d’hébergement. Il faut signaler aussi la mise en place de retours d’expérience et un travail en partenariat entre professionnels concernés après chaque féminicide.

De plus en 2020, le ministère de la Justice a demandé pour la première fois des remontées systématiques d’informations aux parquets généraux pour chaque homicide conjugal, pour effectuer un suivi des mesures du Grenelle et une analyse de chacun de ces meurtres. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 560 dossiers de plainte ont été poursuivis en 2020 contre 349 en 2019. Un chiffre en augmentation qui traduit une meilleure prise en charge.

Enfin pendant les différents confinements, l’augmentation des violences subies par les femmes et les enfants à leur domicile ont été mises en lumière. Le discours politique les a dénoncées vigoureusement et l’alerte a été donnée très vite. En parallèle, les forces de l’ordre se sont déplacées systématiquement et les dossiers sont passés en priorité dans les tribunaux. Selon Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, ces mesures provisoires ont permis de sauver des vies.

Aller plus loin

Les associations s’accordent à dire qu’il est encore trop tôt pour y voir une tendance durable. Elles demandent en particulier l’application de la réquisition des armes à feu d’un conjoint violent dès la première plainte. Les meurtres par arme à feu représentant près d’un tiers des féminicides. Elles demandent aussi un suivi plus attentif des plaintes par la police, la gendarmerie et la justice et de manière générale des situations de danger qui suivent souvent un même schéma (harcèlement, menaces, coups, faits de violence connues des forces de l’ordre…).

Les nouvelles mesures du gouvernement contre les violences conjugales passent par un référent nommé dans chaque parquet et des mesures de traitement des plaintes par les forces de l’ordre ainsi que par la multiplication du nombre de bracelets anti-rapprochement.

Enfin, la question des dysfonctionnements entre la police et la justice a été cruellement mises en lumière par les récents féminicides à Mérignac et à Hayange. Un chantier urgentissime à traiter !