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Présidentielle, vote des électeurs proches des syndicats : inquiétante poussée de l’extrême droite

samedi 4 juin 2022

Harris-Interactive pour le compte de Liaisons sociales a réalisé, comme en 2017, un sondage sur le vote au premier tour des salariés se déclarant proches d’une organisation syndicale [1]. Si, comme en 2017, les électeurs se déclarant proches d’un syndicat ont placé Jean-Luc Mélenchon (28 %) et Emmanuel Macron (27 %) en tête, Marine Le Pen avec 21 % enregistre une progression de 8 points par rapport à 2017. Une progression qui touche tous les syndicats dont certains avaient été préservés jusqu’ici. Les trois candidats arrivés en tête au premier tour de l’élection présidentielle rassemblent 76 % des votes des sympathisants des syndicats laissant loin derrière les autres candidats. Ce sont sur ces trois candidats que portera l’essentiel de notre analyse.

Avertissement

Cette enquête « sortie des urnes » porte sur le vote des électeurs déclarant une proximité syndicale avec telle ou telle organisation. Il ne s’agit donc pas d’un sondage sur le vote des adhérents des syndicats, encore moins des militants, qui pourrait être différent notamment pour les votes en faveur de l’extrême droite. Cette enquête reste à réaliser...

L’enquête Harris-Interactive n’en donne pas moins une photographie de l’état de l’électorat salarié.

Les votes pour Emmanuel Macron

Le président sortant maintient sensiblement son score de 2017 avec 27 % (-1 point par rapport à 2017). Il réalise ses meilleurs scores auprès de sympathisants de la CFDT (44 %), de la CGE-CGC (44 %) et de l’UNSA (28 %). Si le vote des sympathisants CFDT est sensiblement équivalent à celui de 2017 (-3 points), celui de l’UNSA est en nette diminution (-14 points par rapport à 2017). Quant aux sympathisants de la CFE-CGC qui avaient porté leur préférence sur François Fillon en 2017, ils se sont largement reportés cette fois sur Emmanuel Macron avec un score en progression de 13 points. Avec 27 % (-2 pts), les sympathisants CFTC le placent derrière Marine Le Pen.

Sans qu’il y ait d’évolution importante par rapport à 2017, le président sortant convainc moins les électeurs de FO (17 %), de la FSU (19 %) et sans surprise de la CGT et Solidaires où il n’obtient que 12 % des voix.

Les votes pour Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon maintient son score de 2017 avec 28 % des électeurs proches d’un syndicat. En baisse chez les électeurs qui l’avaient largement soutenu en 2017, il récupère des votes de la part d’autres électorats.

Ses meilleurs scores sont réalisés auprès de Solidaires (51 %, -2 pts), la FSU (42 %, -1 point) et la CGT (42 %) où il enregistre une baisse conséquente de 9 points par rapport à 2017. Bon nombre de voix perdues se sont probablement portées sur Fabien Roussel qui obtient un score de 8 % chez les sympathisants CGT. Un vote communiste traditionnel d’une partie des sympathisants et militants CGT.

Jean-Luc Mélenchon perd un peu de terrain aussi chez les sympathisants FO avec un score de 29 % (-3 pts). Mais il en gagne beaucoup chez les sympathisants CFTC avec 18 % (+11 pts) et dans une moindre mesure avec ceux de la CFE-CGC (9 % ; +5 pts). Il obtient aussi un bon score en progression chez les proches de l’UNSA avec 24 % en progression de 8 points par rapport à 2017. Une partie de cet électorat traditionnellement plutôt socialiste s’est probablement porté sur Jean-Luc Mélenchon dans une logique de vote utile. Le vote des sympathisants de la CFDT reste au même niveau qu’en 2017 (14 %).

La poussée en faveur de Marine Le Pen

Le vote des sympathisants des syndicats de salariés est passé de 13 % à 21 % en cinq ans en faveur de Marine Le Pen. Elle progresse chez tous les proches de syndicats, parfois de façon très importante, y compris là où elle avait déjà enregistré de bons résultats.

Elle réalise ses meilleurs scores à FO (31 %) en progression de 7 points par rapport à 2017 et à la CFTC avec 29 % (plus du double de 2017 : +15 pts). Elle progresse encore dans les rangs de la CGT avec 22 % (+7 pts) mais elle réalise aussi une percée chez les sympathisants CFDT qui avaient jusqu’à 2017 résisté à la montée du FN. Les proches de la CFDT ont voté à 15 % pour Marine Le Pen (+8 pts par rapport à 2017). Avec 17 % chez les sympathisants CFE-CGC (+4 pts), 19 % chez ceux de l’UNSA (+5 pts), 14 % chez ceux de Solidaires (+1 pt) et 10 % pour la FSU (+1 pt), l’ancrage du RN dans le monde du travail est réel.

C’est probablement le résultat de la stratégie de dédiabolisation menée par Marine Le Pen et l’affichage de propositions populaires dans le monde du travail (retraites, pouvoir d’achat) qui a séduit une partie de l’électorat salarié y compris chez ceux qui pourraient être a priori les plus éloignés des thèses de l’extrême droite.

Plus inquiétant encore, si l’on additionne les scores des candidats d’extrême droite (Marine Le Pen, Zemmour, Dupont-Aignan), les sympathisants de la CFTC (38 %) et FO (37 %) sont acquis à cette mouvance politique. À ce niveau d’adhésion aux thèses extrémistes, ces organisations pourront-elles résister longtemps à une telle influence ? Mais pour les autres organisations la vigilance s’impose. L’influence de l’extrême droite touche notamment un quart des sympathisants CGT, CFE-CGC et UNSA mais aussi près d’un cinquième des proches de la CFDT.

Les autres candidats à la peine

La logique du vote utile pour atteindre le deuxième tour a, cette année peut-être encore plus que les autres années, influencé les résultats de cette élection présidentielle. Au point qu’en dehors des trois premiers, les autres candidats se sont partagé la portion congrue. Les anciens partis dits de gouvernement ont été marginalisés y compris chez des électorats qui leur étaient largement acquis lors des précédentes élections. Ainsi, Anne Hidalgo obtient 3 % du vote des proches de syndicats et obtient son meilleur score auprès des proches de la CFDT avec seulement 5 %. De même Valérie Pécresse obtient 3 % chez les proches de syndicats là où François Fillon avait obtenu 13 % des voix en 2017. Elle réalise son meilleur score chez les sympathisants CFE-CGC à 10 % (Fillon 43 % en 2017).

Enfin, le vote écologique n’a pas fait la percée attendue à la suite des élections européennes ou locales de ces dernières années. Yannick Jadot ne fait que 5 % chez les proches de syndicats. Il réalise 9 % chez ceux de la CFDT et 8 % chez ceux de la FSU et Solidaires.


Les résultats de cette élection, qui ont laissé une large place aux partis protestataires doivent interroger l’ensemble des syndicats qui, tous, se réclament des valeurs démocratiques et républicaines. Comment offrir aux travailleurs une autre perspective que des discours démagogiques et contraires aux valeurs de fraternité et de solidarité portées depuis toujours par le syndicalisme français ? Une question qui doit être posée au sein de chaque organisation mais aussi peut-être toutes ensemble.


Source

Déjà parus dans Clés du social

  • et quelques autres plus anciens, accessibles par le moteur de recherche

Notes :

[1Enquête réalisée en ligne le 10 avril 2022. Échantillon de 6 523 personnes inscrites sur les listes électorales, issu d’un échantillon de 7 171 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas.