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La part des femmes parmi les élus locaux augmente, celle des jeunes diminue

samedi 30 octobre 2021

Les dernières élections municipales (2020), départementales et régionales (2021) ont livré leurs verdicts quant à la coloration politique de leurs hémicycles. Mais elles ont aussi renouvelé le personnel politique et une enquête récente nous révèle que la part des femmes parmi les élus locaux augmente même si elle reste en dessous de la parité. Une information positive malgré tout. L’autre information importante est que la part des « jeunes » élus, ceux âgés de moins de 40 ans, a diminué en 2021 par rapport à 2015 dans les conseils départementaux et régionaux alors que celle des jeunes conseillers municipaux et intercommunaux est restée stable entre 2014 et 2020.

Une enquête du ministère de la Cohésion territoriale et du ministère de l’Intérieur

Comme à l’accoutumée, la direction générale des collectivités locales (DGCL) nous permet de connaitre qui sont les élus locaux de la République issus des élections municipales de 2020 et des élections départementales et régionales de 2021. Les données ont été recueillies et traitées au ministère de l’Intérieur par le bureau des élections et des études politiques (direction de la modernisation et de l’administration territoriale). L’enquête du service statistique de la DGCL s’intéresse à de nombreux points : la part des femmes, la répartition des élus par âge et par catégorie sociale, les fonctions occupées, les différences de territoire…

Les principaux enseignements

Une féminisation réelle des élus locaux (42,4 %)
L’alternance obligatoire d’un homme et d’une femme dans la présentation des listes électorales s’applique depuis 2014 aux communes de 1 000 habitants ou plus. Cela entraîne mécaniquement une féminisation des conseils municipaux. La part des femmes parmi les élus municipaux est passée de 33 % après les élections de 2001 à 42,4 % en 2020. Cette progression est plus faible dans les conseils communautaires puisque la proportion de femmes est passée de 31,4 % en 2014 à 35 % au 1er janvier 2021.

Pour ce qui est des départements et des conseils régionaux on constate aussi une forte progression. Dans Les conseils départementaux, la part de femmes est passée de 13,8 % en 2011 à 50 % en 2015 et en 2021. Là aussi, il s’agit d’une conséquence positive des mesures législatives qui imposent de présenter des candidatures binominales (homme, femme).

Pour les conseils régionaux, la part des femmes avait déjà connu une forte progression aux élections de 2004, avec la mise en place des mesures relatives à la parité, imposant une stricte alternance des candidats de chaque sexe sur les listes. La part des femmes est désormais de 48,6 % dans les conseils régionaux.

Une progression de la féminisation des postes de pouvoir plus contrastée

Il était intéressant d’observer statistiquement si cette féminisation réelle se traduit dans les postes de pouvoir. En la matière, on constate certes une progression, mais avec des différences selon les lieux. Pour ce qui est des maires, les femmes sont désormais 19,8 %. Elles étaient 16,1 % en 2014. La proportion de femmes présidentes de conseils communautaires est encore plus faible et augmente peu : 11,4 % en 2021, 8 % aux élections de 2014.

Plus positive, la féminisation des présidents de conseil départemental s’accélère nettement : elle passe à 20,2 %, après avoir presque stagné entre les élections de 2011 (6,1 %) et de 2015 (8,2 %). Et celle des présidents de région est la plus forte en termes de progression. Un tiers des régions (31,6 %) est désormais présidé par une femme, alors que ce n’était le cas que de 18,8 % en 2015.

Le lien avec les territoires

L’enquête constate que les femmes dirigent plus souvent des petites communes. C’est une permanence. Ainsi, lors des dernières élections en 2021, 22,4 % des maires des communes de moins de 100 habitants sont des femmes, contre 18,8 % dans les communes de plus de 1 000 habitants. Mais un phénomène intéressant apparait, les très grandes villes font désormais exception. Parmi les 42 communes de plus de 100 000 habitants, on recense 11 maires femmes, soit 26,2 %, contre 7 avant les élections (16,7 %) de 2020.

La question de l’âge

L’enquête permet aussi de situer les élus en fonction de leur âge. Premier point, plus les élus sont jeunes, plus il y a de femmes. Ainsi, 51 % des conseillers régionaux de 18 à 40 ans sont des femmes, contre 32 % de ceux de 70 ans ou plus.
Mais au total, il y a moins d’élus jeunes que dans la population. L’enquête se base sur la répartition de population au 1er janvier 2021 où la population française de plus de 18 ans est répartie en trois tiers équivalents entre les personnes de 18 à 40 ans, de 40 à 60 ans et de 60 ans ou plus. Cette répartition ne se retrouve pas pour les élus locaux. Ainsi, la part des élus de moins de 40 ans est très inférieure à celle de la population (de 18 ans ou plus) : entre seulement 7 % (des conseillers communautaires) et 18 % (pour les conseillers régionaux ou municipaux).

Cette tendance contredit celle constatée précédemment. Entre 1995 et 2015, la proportion de jeunes élus avait augmenté pour les conseillers régionaux. La progression était plus récente pour les conseillers départementaux. Mais, les dernières élections départementales et régionales (2021) ont, au contraire, vu la part des jeunes élus régresser. En revanche, elle est stable dans les conseils municipaux (18 % au lendemain des deux dernières élections) et communautaires (7 % en 2014 comme en 2021). Faut-il y voir un effet de la pandémie du COVID-19 qui a été particulièrement dure pour les jeunes ?

Regard sur la répartition socioprofessionnelle des élus

Les agriculteurs et les cadres sont proportionnellement plus nombreux parmi les élus locaux que dans la population. Les agriculteurs sont surreprésentés dans les conseils municipaux (8 %) et les conseils communautaires (7,5 %). Il faut y voir la conséquence du nombre élevé des communes rurales en France. Les cadres eux sont surreprésentés dans les conseils régionaux et départementaux. A contrario, les employés et ouvriers et les professions intermédiaires sont sous-représentés partout.

Conclusion

La féminisation accrue des élus locaux est une conséquence des évolutions de notre société et aussi des mesures législatives prises par différents gouvernements depuis une vingtaine d’années. Rappelons deux grandes étapes :

  • La révision constitutionnelle du 8 juillet 1999 qui modifie les articles 3 et 4 de la Constitution. Il est ajouté à l’article 3 que la loi « favorise l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives », et précisé dans l’article 4 que « les partis et groupements politiques contribuent à la mise en œuvre de ce principe ».
  • La loi du 6 juin 2000 dite sur « la parité ». Elle contraint les partis politiques à présenter un nombre égal d’hommes et de femmes pour les élections régionales, municipales, sénatoriales et européennes. Cette disposition est contraignante puisque les listes qui ne respectent pas la parité ne sont pas enregistrées.

De quoi répondre à ceux qui clament que les lois ne servent à rien !


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