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Emploi handicapé en 2020 : le pire a été évité mais les difficultés persistent

mercredi 30 juin 2021

L’emploi des adultes handicapés est toujours difficile, Clés du social l’a souvent relayé. Aussi, face aux conditions exceptionnelles de l’année 2020 en raison de la pandémie, pouvait-on craindre le pire pour l’emploi des travailleurs handicapés. Or l’année s’est déroulée différemment, avec une baisse de 20 000 demandeurs d’emploi handicapés en 2020. Quels sont les chiffres et comment l’expliquer ?

Les chiffres 2020

  • Leur emploi

2,7 millions de personnes de 15 à 64 ans sont bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOE), soit 6,7 % de la population totale, avec une augmentation de 300 000 personnes entre 2013 et 2019. Elles représentaient 3,8 % des personnes en emploi en France fin 2019. Mais ces personnes ont une insertion professionnelle bien plus faible que le reste de la population.

Personnes handicapéesPopulation active totale
Taux d’activité (actifs occupés et demandeurs d’emploi) 44 % 72 %
Taux d’emploi (actifs occupés) 37 % 66 %
Taux de chômage 16 % 8 %

  • Leur chômage

Fin décembre 2020, 476 853 adultes handicapés sont demandeurs d’emploi, soit 7,8 % des chômeurs et leur taux de chômage est toujours le double du taux général. Cependant, ce nombre est en baisse de 3,8 % sur un an, soit -20 000 demandeurs d’emploi handicapés, alors qu’il y a eu 284 000 destructions d’emploi en 2020. C’est en cela que l’on peut dire que le pire a été évité.

Mais, en même temps, 2020 marque une forte baisse des flux de sortie du chômage des travailleurs handicapés. Même si Cap emploi a pu rendre possible 77 444 recrutements, les reprises d’emploi déclarées à Pôle emploi ont baissé de 24 % (contre 11 % pour l’ensemble des actifs).

De plus, les travailleurs handicapés connaissent un chômage de longue durée persistant, à 64 % (contre 50 % en général), dont 129 000 sont chômeurs depuis plus de 3 ans.

Leur situation d’insertion professionnelle n’est donc pas bonne, comme on le constate depuis de nombreuses années. Aussi ont-ils plus mal vécu la période de pandémie que l’ensemble des adultes, 45 % ayant ressenti un isolement (contre 1/3 de la population), du stress pour 69 % (contre 41 %), des épisodes de dépression pour 54 % (contre 11 %), des inquiétudes pour leur emploi pour 54 %).

Cependant, qu’est-ce qui a permis de ne pas aller à la catastrophe face à la pandémie ?

Des aides exceptionnelles en 2020

Il s’agit d’abord des aides de l’État dans le cadre du plan de relance, avec une aide à l’embauche en CDI ou CDD de plus de 3 mois de 4 000 € maximum (cf. https://www.clesdusocial.com/plan-de-relance-aide-a-l-emploi-des-travailleurs-handicapes), prolongée jusqu’au 31 décembre 2021. Dans une moindre mesure, les aides à l’alternance ont été utilisées pour des jeunes handicapés.

De leur côté, les deux fonds d’aide aux handicapés (Agefiph pour le secteur privé, Fiphfp pour le secteur public) ont assuré une continuité de leur accompagnement des handicapés, assoupli leurs procédures, délais et financements pendant cette période exceptionnelle.

Tandis que le Fiphfp a prolongé les durées de certains contrats d’apprentissage pour lesquels cela s’avérait nécessaire, l’Agefiph a ajouté des aides exceptionnelles pour un montant de 40 millions € pour protéger et sécuriser l’activité professionnelle et les parcours de formation des travailleurs handicapés. Ces financements ont consisté en un soutien financier aux frais de formation et déplacements et au maintien de la rémunération des stagiaires pour 8 500 personnes, à l’aide à la mise en place du télétravail, y compris l’aide à l’achat de matériel, pour 5 500 personnes, ou en un soutien à l’exploitation pour 6 000 créateurs d’entreprises.

Ainsi, la situation de l’emploi handicapé ne s’est pas détériorée en 2020 tel qu’on l’avait craint. Mais pourtant, leur insertion dans l’emploi reste difficile et, malgré l’obligation d’un taux de 6 % d’emploi handicapé, les entreprises en sont encore loin avec un taux de 3,9 % de bénéficiaires (pour 3,5 % en emplois temps plein ETP). D’ailleurs 62 % des employeurs trouvent difficile (48 %) ou très difficile (14 %) d’embaucher un travailleur handicapé, …malgré les aides qu’ils reçoivent. On a là une explication de ce faible emploi et fort chômage, la deuxième est une moindre formation des personnes handicapées qui les désavantage lors des recrutements.


Sources

Déjà parus dans Clés du social